Huiles essentielles : pourquoi l'Anses les déconseille aux enfants et aux femmes enceintes, et les précautions pour les diffuseurs
Naturelles, vendues partout, parées de mille vertus : les huiles essentielles ont tout pour rassurer. Pourtant, les appels aux centres antipoison à leur sujet ont augmenté pendant dix ans, et l'Anses multiplie les mises en garde. Ce qu'il faut savoir avant d'ouvrir un flacon.
Quelques gouttes de lavande sur l’oreiller pour mieux dormir, un diffuseur à l’eucalyptus pendant un rhume, de l’arbre à thé sur un bouton, du niaouli en cas de toux. Les huiles essentielles se sont installées dans les salles de bains et les armoires à pharmacie, souvent avec l’image d’un remède naturel, donc inoffensif. Elles sont vendues en pharmacie, en magasin bio, en supermarché, sur internet.
Cette image est trompeuse. Concentrées, actives, parfois toxiques, les huiles essentielles sont des produits chimiques à part entière, même lorsqu’elles sont naturelles. L’Agence nationale de sécurité sanitaire, l’Anses, a publié plusieurs avis à leur sujet, et ses recommandations visent en particulier les enfants, les femmes enceintes et les personnes asthmatiques.
Des mélanges puissants et variables
Une huile essentielle n’est pas une substance unique. Selon l’Anses, c’est un mélange variable de substances naturelles, dont la composition dépend de l’espèce végétale, de la partie de la plante utilisée, du climat et des conditions de récolte. Deux flacons portant le même nom peuvent donc contenir des proportions différentes de molécules actives.
Les produits vendus comme huiles essentielles ne sont d’ailleurs pas toujours purs. L’Anses relève que certains contiennent d’autres ingrédients, parfois à plus de 50 % : des sprays composés à plus de 70 % d’éthanol, des huiles pour la peau contenant plus de la moitié d’huile végétale ou d’émollients. Selon leur usage, cosmétique, biocide, complément alimentaire ou médicament, ces produits relèvent de réglementations différentes. C’est la destination du produit qui détermine les règles applicables, et le fabricant doit informer le consommateur sur le mode et les précautions d’emploi.
Les enfants, premières victimes d’accidents
Les données des centres antipoison sont parlantes. Selon le rapport de toxicovigilance de l’Anses publié en 2024, les appels concernant des huiles essentielles n’ont cessé d’augmenter entre 2011 et 2021. Il s’agissait surtout d’accidents domestiques et d’intoxications aiguës de faible gravité. Mais un chiffre retient l’attention : chez les enfants, dans un tiers des accidents, une huile essentielle avait été administrée par erreur à la place d’un médicament, essentiellement de la vitamine D.
La confusion est facile à comprendre : petit flacon, compte-gouttes, rangé sur la même étagère que les produits du bébé. D’où la recommandation de l’Anses de ne jamais ranger les huiles essentielles avec les produits de soin des nouveau-nés et des nourrissons, et de les garder hors de portée des enfants, au même titre que les détergents ou les médicaments.
Un flacon d’huile essentielle se range comme un médicament : en hauteur, fermé, et jamais à côté de la vitamine D du bébé.
Au-delà des accidents, l’Anses déconseille les huiles essentielles aux enfants et aux femmes enceintes, en raison de la présence de substances neurotoxiques ou toxiques pour l’embryon et le fœtus.
Niaouli, cajeput, arbre à thé : l’avis sur les compléments
En 2020, l’Anses s’est penchée sur les compléments alimentaires contenant des huiles essentielles de la famille des Melaleuca : arbre à thé, niaouli et cajeput. Certains consommateurs les utilisent par voie orale en complément de traitements contre des angines, des sinusites ou des cystites, en raison de leurs propriétés antimicrobiennes. Leur statut varie en Europe : autorisées en Italie, elles sont interdites en Belgique.
Les conclusions de l’agence sont sévères. Par voie orale, certains de leurs composés présentent des risques neurologiques, pour le niaouli et le cajeput, et des risques cancérogènes, génotoxiques et potentiellement reprotoxiques. Le 1,8-cinéole, composant majoritaire du niaouli et du cajeput, a entraîné des complications neurologiques chez des enfants.
| Huile essentielle | Risque identifié par l’Anses, par voie orale | Recommandation |
|---|---|---|
| Niaouli et cajeput riches en 1,8-cinéole | Complications neurologiques chez l’enfant | Interdire avant 30 mois et en cas d’antécédents d’épilepsie ou de convulsions fébriles |
| Arbre à thé | Composés toxiques pour les testicules chez le rat, traces d’une substance cancérogène | Limiter le nombre de gouttes par jour, conserver au frais et à l’abri de la lumière |
| Les trois, enfants, femmes enceintes ou allaitantes | Absence de données spécifiques | Consommation déconseillée |
L’Anses rappelle à cette occasion que les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments, et qu’il faut demander conseil à un professionnel de santé, éviter de cumuler les produits et signaler ses traitements en cours.
Diffuseurs et sprays : une pollution de l’air intérieur
La diffusion d’huiles essentielles dans l’air n’est pas anodine non plus. En avril 2020, l’Anses a appelé à la vigilance sur les sprays et diffuseurs à usage domestique. Ces produits émettent des composés organiques volatils qui contribuent à la pollution de l’air intérieur et peuvent avoir des effets irritants ou sensibilisants. Les symptômes signalés aux centres antipoison concernent surtout les yeux et les voies respiratoires supérieures : irritations, toux, difficultés à respirer. Ils sont le plus souvent bénins et disparaissent rapidement à l’arrêt de l’exposition.
Certaines personnes doivent être plus prudentes. L’agence alerte sur le cas des personnes asthmatiques ou souffrant d’autres maladies respiratoires chroniques, et a recommandé aux femmes enceintes ou allaitantes de ne pas utiliser ces produits. Les huiles riches en phénols ou en cétones, irritantes pour les voies respiratoires, sont jugées inadaptées à l’inhalation. Comme pour les bougies parfumées et l’encens, la règle de base reste de limiter les sources de pollution et d’aérer les pièces.
Ce que l’on ignore encore
Les données disponibles ont une limite importante. Les signalements aux centres antipoison renseignent sur les intoxications aiguës, mais, souligne l’Anses, ils ne disent rien des effets à moyen et à long terme d’une exposition répétée. Pour les diffuseurs, l’agence estime que les connaissances restent insuffisantes pour conclure définitivement sur les risques pour l’ensemble de la population, et elle appelle à financer de nouvelles études indépendantes sur leurs effets à court et à long terme.
Pendant l’épidémie de Covid-19, l’Anses a aussi rappelé une évidence trop souvent oubliée : les huiles essentielles ne sont pas un traitement contre le coronavirus. Plus largement, leurs propriétés vantées en aromathérapie ne dispensent pas d’un avis médical face à une infection, une toux persistante ou une fièvre.
Les bons réflexes
L’Anses résume ses précautions en quelques règles. Demander conseil à un professionnel de santé avant tout usage et respecter les conditions d’emploi. Ne pas utiliser d’huiles essentielles chez l’enfant ni pendant la grossesse sans avis médical. Bien aérer en cas d’usage en spray ou en diffuseur. Ne pas appliquer d’huile pure sur les muqueuses, et se laver les mains après une application sur la peau ou un massage. Garder les flacons hors de portée des enfants, loin des produits pour bébés.
Les professionnels aussi sont exposés. Le réseau national de vigilance des pathologies professionnelles a recensé 35 cas entre 2001 et 2021 chez des esthéticiennes, coiffeurs, vendeurs, aides-soignants ou soignants, avec des atteintes respiratoires, asthme, toux, rhinite, et cutanées, irritations ou allergies. Et en cas d’ingestion accidentelle, le réflexe est d’appeler sans attendre un centre antipoison.
Questions fréquentes
Les huiles essentielles sont-elles dangereuses pour les enfants ?
Elles sont déconseillées aux enfants, selon l'Anses, car certaines contiennent des substances neurotoxiques. Les enfants sont aussi les principales victimes d'expositions accidentelles : dans un tiers des accidents qui les concernent, une huile essentielle avait été administrée par erreur à la place d'un médicament, le plus souvent de la vitamine D.
Peut-on utiliser des huiles essentielles pendant la grossesse ?
L'Anses les déconseille aux femmes enceintes, car certaines contiennent des substances toxiques pour l'embryon ou le fœtus. Elle recommande aussi aux femmes enceintes ou allaitantes de ne pas utiliser de sprays ou diffuseurs à base d'huiles essentielles, et de demander conseil à un professionnel de santé avant tout usage.
Les diffuseurs d'huiles essentielles sont-ils sans danger ?
Pas pour tout le monde. Ils émettent des composés organiques volatils qui polluent l'air intérieur et peuvent irriter les yeux et les voies respiratoires, provoquer toux et difficultés à respirer. L'Anses appelle à la vigilance, en particulier pour les personnes asthmatiques ou souffrant d'une maladie respiratoire chronique, et recommande de bien aérer.
Que faire en cas d'ingestion d'huile essentielle par un enfant ?
Contacter sans attendre un centre antipoison ou le 15, même en l'absence de symptômes, en ayant le flacon sous la main. Il ne faut pas faire vomir l'enfant. Les huiles essentielles doivent ensuite être rangées hors de portée, à l'écart des produits de soin des bébés.
Sources
- Anses, « Huiles essentielles : risques et précautions », 17 décembre 2024
- Anses, avis sur les compléments alimentaires contenant des huiles essentielles d'arbre à thé, de niaouli et de cajeput, 16 décembre 2020
- Anses, « L'Anses appelle à la vigilance concernant les sprays et diffuseurs à base d'huiles essentielles », 28 avril 2020