Bougies parfumées et encens : ce qu'ils rejettent vraiment dans l'air de la maison, et comment en profiter sans s'exposer
L'automne venu, on allume des bougies pour l'ambiance et un bâton d'encens pour l'odeur. Des chercheurs ont mesuré ce que ces petites flammes libèrent dans une vraie maison : l'encens arrive loin devant, mais les bougies ne sont pas neutres.
Les soirées raccourcissent, on rentre plus tôt, et le salon se transforme. Une bougie parfumée à la cannelle sur la table basse, une autre sur le rebord de la fenêtre, un bâton d’encens pour couvrir l’odeur de cuisine. L’ambiance est douce, l’air sent bon. Mais derrière ces flammes et ces volutes, il se passe une petite combustion, et toute combustion rejette quelque chose dans l’air que l’on respire.
Ce quelque chose a été mesuré. Dans le cadre du projet EBENE, cofinancé par l’ADEME et publié en 2017, des chercheurs du CSTB, du Laboratoire chimie environnement et de l’Ineris ont fait brûler neuf bâtons d’encens et neuf bougies parfumées vendus en France, dans une pièce d’une maison expérimentale, en conditions réalistes d’utilisation. Leurs résultats permettent de dépasser les deux réactions habituelles, le haussement d’épaules et la panique.
Une combustion, donc des polluants
Une bougie ou un bâton d’encens qui brûle ne fait pas que libérer un parfum. Selon la fiche publiée par Santé.fr à partir des recommandations de RecoSanté, leur combustion libère des composés organiques volatils comme le benzène et le formaldéhyde, ainsi que de l’acroléine, des particules fines et des oxydes d’azote.
Plusieurs de ces substances sont bien connues des toxicologues. Le benzène et le formaldéhyde sont classés cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer. Les particules fines pénètrent profondément dans les voies respiratoires. À court terme, les premiers effets signalés sont des irritations respiratoires et oculaires, des maux de tête et des nausées.
Au terme de son évaluation, l’étude EBENE retient cinq substances prioritaires : le benzène, les particules fines, l’acétaldéhyde, le formaldéhyde et l’acroléine. Elle signale aussi que les expositions au carbone suie, la fraction la plus noire des particules, pourraient être préoccupantes.
Cette étude s’inscrivait dans un contexte précis. Le plan d’actions sur la qualité de l’air intérieur, publié par les pouvoirs publics en 2013, prévoyait de mieux informer le public sur les sources de pollution présentes dans les logements. Pour y parvenir, il fallait d’abord savoir ce que ces produits émettent réellement dans une maison ordinaire, et pas seulement en laboratoire. Les chercheurs ont d’ailleurs comparé plusieurs méthodes de mesure, afin d’établir un protocole fiable pour caractériser les émissions des encens et des bougies. Ils ont aussi testé une lampe à catalyse, autre désodorisant d’intérieur : ses émissions de polluants volatils et de particules se sont révélées relativement modérées, à l’exception de l’acétone, des oxydes d’azote et de certains composés non identifiés.
L’encens, nettement plus émetteur que les bougies
La première leçon de l’étude est la différence spectaculaire entre les deux familles de produits. Les niveaux de concentration atteints pendant et après la combustion des bâtons d’encens étaient très largement supérieurs à ceux obtenus pour les bougies parfumées. L’encens a produit des concentrations élevées de benzène, de toluène, d’éthylbenzène, de styrène, de formaldéhyde, d’acétaldéhyde et d’acroléine, ainsi que d’hydrocarbures aromatiques polycycliques et de particules.
| Produit | Ce que les mesures ont montré | Particularité |
|---|---|---|
| Bâton d’encens | Concentrations très largement supérieures, en polluants volatils comme en particules | Pic pendant la combustion et dans l’heure qui suit |
| Bougie parfumée | Niveaux nettement plus faibles, surtout formaldéhyde, acétaldéhyde et toluène | Particules plus fines, plus d’oxydes d’azote, formaldéhyde qui persiste après extinction |
Les bougies ne sont pas pour autant neutres. Elles émettent moins de particules que l’encens, mais des particules plus fines, de moins de 100 nanomètres de diamètre, et significativement plus d’oxydes d’azote. Les chercheurs ont aussi observé que le formaldéhyde diminuait peu après l’extinction d’une bougie, ce qui suggère une émission secondaire de ce composé une fois la flamme soufflée. Santé.fr le résume ainsi : les bougies émettent nettement moins que l’encens, mais leurs polluants restent plus longtemps dans l’air.
Une bougie parfumée n’est pas un parfum d’ambiance : c’est un petit foyer de combustion posé au milieu du salon.
Ce qui fait la différence : la dose, la pièce, l’aération
Faut-il pour autant bannir bougies et encens ? L’étude EBENE se veut nuancée. En croisant les concentrations mesurées avec un sondage national sur les usages, réalisé en 2014, les chercheurs concluent qu’aucune situation préoccupante n’est attendue pour les expositions chroniques associées aux usages les plus courants.
En revanche, certaines pratiques changent la donne : une fréquence et une durée d’utilisation élevées, plusieurs produits allumés en même temps. Certaines caractéristiques du logement comptent aussi, comme le volume de la pièce et le taux de renouvellement de l’air. Dans ces situations, les expositions peuvent dépasser les valeurs repères sanitaires, principalement avec l’encens. Les chercheurs ont en outre relevé que certains désodorisants combustibles provoquaient des expositions de court terme dépassant les valeurs sanitaires de référence, et suggéraient de limiter les émissions des produits les plus émissifs, par un étiquetage et une réglementation.
Le calendrier de la pollution compte aussi. Selon Santé.fr, les concentrations montent progressivement pendant la combustion, atteignent un maximum dans l’heure qui suit, puis baissent grâce à la ventilation de la pièce. C’est précisément le moment où l’on reste assis, fenêtres fermées, à profiter de l’ambiance.
Les personnes à protéger
Tout le monde n’est pas égal face à ces polluants. Santé.fr identifie comme plus sensibles les personnes souffrant de pathologies respiratoires, les femmes enceintes, les enfants et les personnes âgées, et recommande d’éviter de brûler bougies et encens en leur présence. Pour un enfant asthmatique, la soirée bougies dans une petite chambre n’est pas une bonne idée.
L’hiver aggrave la situation, car on aère moins et l’air intérieur se renouvelle lentement. Les mêmes gestes qui limitent les moisissures sur les murs en hiver, aérer chaque jour et ne pas boucher les entrées d’air, servent aussi à évacuer les polluants de combustion.
Les gestes pour en profiter sans s’exposer
Les recommandations relayées par Santé.fr, validées selon le site par le Haut Conseil de la santé publique et Santé publique France, tiennent en quelques règles simples. Après une utilisation occasionnelle, aérer en grand pendant au moins dix minutes. Limiter la fréquence d’utilisation, ne pas respirer directement la fumée, et ne pas faire brûler plusieurs produits à la fois. Pour l’encens, préférer les produits contenant le moins de matière, un bâtonnet fin plutôt qu’un cône.
Surtout, ne pas utiliser ces produits pour masquer une mauvaise odeur. Selon Santé.fr, l’aération naturelle suffit à chasser les mauvaises odeurs, et les désodorisants combustibles sont à éviter. Ajouter un parfum de synthèse à un air déjà chargé ne l’assainit pas : cela ne fait qu’ajouter des polluants. D’autant que le nez s’habitue très vite aux odeurs, comme on l’explique à propos du parfum qu’on ne sent plus au bout de quelques minutes, et pousse à en rajouter. Une bougie de temps en temps, dans une pièce aérée ensuite, reste un plaisir raisonnable. Un bâton d’encens tous les soirs dans une petite pièce fermée, beaucoup moins.
Questions fréquentes
Les bougies parfumées sont-elles dangereuses pour la santé ?
Leur combustion libère des polluants, notamment du formaldéhyde, de l'acétaldéhyde, des particules très fines et des oxydes d'azote. L'étude EBENE menée pour l'ADEME n'a pas identifié de situation préoccupante pour les usages les plus courants, mais un usage fréquent et prolongé, dans une petite pièce mal aérée, peut conduire à des expositions plus élevées.
L'encens pollue-t-il plus que les bougies ?
Oui, nettement. Selon l'étude EBENE, les concentrations de polluants mesurées pendant et après la combustion de bâtons d'encens étaient très largement supérieures à celles des bougies parfumées, notamment pour le benzène, le formaldéhyde, l'acroléine et les particules.
Combien de temps faut-il aérer après avoir brûlé de l'encens ?
Les recommandations relayées par Santé.fr conseillent d'aérer en grand pendant au moins 10 minutes après l'utilisation. Les concentrations de polluants atteignent en effet leur maximum pendant la combustion et dans l'heure qui suit, avant de diminuer grâce au renouvellement de l'air.
Qui doit éviter les bougies parfumées et l'encens ?
Les personnes souffrant de maladies respiratoires, les femmes enceintes, les enfants et les personnes âgées sont considérés comme plus sensibles. Il est recommandé d'éviter de brûler ces produits en leur présence.
Sources
- ADEME, CSTB, LCE et Ineris, « Exposition aux polluants émis par les bougies et les encens dans les environnements intérieurs : émissions et risques sanitaires associés », synthèse du projet EBENE, 2017
- Santé.fr et RecoSanté, « Les bougies et l'encens dégradent-ils la qualité de l'air intérieur ? », 24 juillet 2025