Pourquoi les intoxications au monoxyde de carbone reviennent chaque hiver, et comment reconnaître les premiers signes

Invisible, inodore, sans goût et non irritant, le monoxyde de carbone tue une centaine de personnes par an en France. La plupart des intoxications surviennent quand on rallume le chauffage, et presque toutes sont évitables.

Technicien vérifiant une chaudière murale dans une buanderie, capot ouvert et appareil de mesure à la main.
Image Omni-Vision

Il est dix-neuf heures, la première vraie soirée froide de l’automne. On a rallumé la vieille chaudière de la maison de campagne, fermé les volets, calfeutré la porte du salon pour garder la chaleur. Une heure plus tard, tout le monde a mal à la tête. L’un a la nausée, l’autre se sent étrangement épuisé, le chien ne quitte plus son panier. On met ça sur le compte du trajet, d’un repas trop riche, d’un virus qui traîne. Personne ne pense à la chaudière.

C’est exactement ainsi que se déroulent beaucoup d’intoxications au monoxyde de carbone. Selon les autorités sanitaires, environ 3 000 personnes sont accidentellement intoxiquées chaque année en France, et une centaine en meurt. Santé publique France évoque de son côté près de 4 000 intoxications dénombrées chaque année. Et la saison froide en concentre l’essentiel.

Un gaz que nos sens ne détectent pas

Le monoxyde de carbone, ou CO, se forme quand un combustible brûle mal, faute d’oxygène suffisant : gaz, bois, charbon, fioul, butane, propane, essence ou pétrole. Une chaudière mal réglée, un conduit de cheminée encrassé, un appareil qui fonctionne dans une pièce trop confinée suffisent à en produire.

Son danger tient à un paradoxe : c’est l’un des gaz les plus toxiques du quotidien, et le plus discret. Santé publique France le décrit comme incolore, inodore, sans saveur et non irritant. Aucune odeur ne prévient, aucune toux ne signale sa présence, les yeux ne piquent pas. Contrairement à la fumée d’un feu, que l’on sent et que l’on voit, le CO s’accumule en silence.

Une fois inhalé, il passe dans le sang et se fixe sur l’hémoglobine, la molécule des globules rouges chargée de transporter l’oxygène, avec une affinité bien plus forte que l’oxygène lui-même. Le sang transporte alors de moins en moins d’oxygène vers les organes, à commencer par le cerveau et le cœur, les plus gourmands. Selon le communiqué publié en novembre 2025 par la Direction générale de la santé, Santé publique France et l’Anses, une intoxication grave peut provoquer en quelques minutes un coma, voire un décès.

Pourquoi l’hiver concentre les intoxications

Le monoxyde de carbone est un risque de saison froide pour une raison simple : c’est le moment où l’on fait fonctionner des appareils à combustion dans des pièces fermées. Les autorités sanitaires identifient plusieurs causes principales.

Source de risqueSituation typiqueBon réflexe
Chaudières, chauffe-eau, poêles, cheminées raccordés à un conduitAppareil ou conduit mal entretenu, remis en route après l’étéEntretien et vérification annuels par un professionnel, avant la remise en route
Chauffages d’appointUtilisés en continu dans une pièce ferméeDeux heures de suite au maximum, combustible prévu uniquement
Groupes électrogènes, pompes à moteur thermiqueBranchés à l’intérieur lors d’une coupure ou d’une inondationJamais dans un espace clos, ni près des portes, fenêtres et aérations
Braseros, barbecuesRentrés pour se chauffer ou cuisiner à l’abriJamais à l’intérieur, y compris garage, cave ou camping-car
Appareils de cuissonFour ou plaques au gaz utilisés pour se chaufferNe jamais s’en servir comme chauffage
VéhiculesMoteur laissé tourner dans un garage ferméJamais de moteur en marche dans un local non ventilé

Les épisodes de mauvais temps ajoutent leur part. Le communiqué de 2025 souligne que le risque augmente avec les intempéries et les coupures d’électricité, qui poussent à sortir des groupes électrogènes ou des chauffages d’appoint. Lors des grandes tempêtes d’automne et d’hiver, quand des milliers de foyers se retrouvent privés de courant, certains installent un groupe électrogène dans le garage ou la cuisine, avec des conséquences parfois dramatiques.

Des symptômes faciles à confondre

Le piège du monoxyde de carbone, c’est que ses premiers effets ressemblent à tout autre chose. Santé publique France indique que les premiers symptômes, et les plus fréquents, sont des maux de tête, une fatigue, des nausées et des vomissements. Ils peuvent être confondus avec une intoxication alimentaire sans diarrhée, ou avec une grippe sans fièvre. Le communiqué de 2025 ajoute les vertiges.

Plusieurs personnes du même logement qui ont mal à la tête en même temps, et qui vont mieux une fois dehors : c’est un signal d’alarme, pas une coïncidence.

Ce qui doit alerter, c’est le contexte. Selon les autorités sanitaires, ces symptômes doivent faire penser au monoxyde de carbone s’ils apparaissent rapidement, en présence d’un appareil à combustion, et s’ils touchent plusieurs personnes ou animaux domestiques simultanément dans un même lieu. Santé publique France note d’ailleurs que l’intoxication est souvent collective, avec des symptômes variables d’une personne à l’autre.

Certaines personnes sont plus vulnérables : les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes, et les personnes souffrant d’une anémie ou d’une maladie de l’hémoglobine. Dans les formes graves, l’intoxication provoque une perte de connaissance, qui peut évoluer vers le coma et la mort, ou des troubles neurologiques et cardiovasculaires.

Les gestes qui évitent l’intoxication

La prévention tient en quelques règles, que le communiqué des autorités sanitaires détaille. La première est l’entretien : faire vérifier et entretenir au moins une fois par an, et avant toute remise en fonctionnement, les installations de chauffage, de production d’eau chaude et les conduits de fumée par un professionnel qualifié. La règle vaut aussi pour les résidences secondaires, souvent rallumées après des mois d’arrêt. Pour une cheminée ou un poêle à bois, le ramonage du conduit en fait partie : un conduit encrassé par le bistre, ce dépôt laissé par le bois humide qui brûle mal, évacue mal les fumées.

La deuxième est l’aération. Les autorités recommandent d’aérer les pièces au moins dix minutes par jour, même par temps froid, et de maintenir en bon état les systèmes de ventilation, ventilation mécanique, bouches d’aération, grilles, sans jamais les obstruer. Le réflexe de boucher une grille d’aération pour gagner un peu de chaleur, très répandu quand les premiers froids arrivent, est précisément l’un des plus dangereux.

La troisième concerne les appareils mobiles : respecter les consignes du fabricant, utiliser uniquement le combustible préconisé, ne pas faire fonctionner un chauffage d’appoint plus de deux heures de suite, et ne jamais utiliser à l’intérieur un groupe électrogène, un brasero, un barbecue ou une pompe à moteur thermique. Des détecteurs de monoxyde de carbone existent dans le commerce et peuvent compléter ces précautions, sans jamais remplacer l’entretien des appareils.

Les bons réflexes en cas de doute

Si plusieurs personnes ressentent des maux de tête, des nausées ou des vertiges dans une pièce chauffée par un appareil à combustion, il faut agir sans attendre. Les autorités sanitaires recommandent d’aérer immédiatement en ouvrant portes et fenêtres, d’arrêter les appareils à combustion si c’est possible, puis d’évacuer les lieux sans attendre.

Une fois dehors, on appelle les secours : le 15 pour le Samu, le 18 pour les pompiers, le 112, numéro d’urgence européen, ou le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes. Un centre antipoison répond aussi jour et nuit au 01 45 42 59 59. Même si les symptômes disparaissent à l’air libre, un avis médical s’impose, car l’état de la personne peut nécessiter une hospitalisation. Et l’on ne retourne pas dans le logement tant qu’un professionnel n’a pas identifié et réparé l’appareil en cause.

Questions fréquentes

Quels sont les premiers signes d'une intoxication au monoxyde de carbone ?

Les premiers signes sont souvent des maux de tête, une grande fatigue, des nausées, des vomissements ou des vertiges. Ils doivent alerter s'ils apparaissent rapidement, en présence d'un appareil à combustion, et s'ils touchent plusieurs personnes ou animaux du même logement en même temps. Ils peuvent être confondus avec une gastro-entérite ou une grippe.

Que faire en cas de suspicion d'intoxication au monoxyde de carbone ?

Il faut aérer immédiatement en ouvrant portes et fenêtres, arrêter les appareils à combustion si possible, quitter les lieux sans attendre, puis appeler les secours : le 15, le 18, le 112, ou le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes. Un centre antipoison peut aussi être joint au 01 45 42 59 59, jour et nuit.

Faut-il faire entretenir sa chaudière chaque année ?

Oui. Les autorités sanitaires recommandent de faire vérifier et entretenir au moins une fois par an, et avant toute remise en route, les installations de chauffage, de production d'eau chaude et les conduits de fumée par un professionnel qualifié. Cela vaut aussi pour les résidences secondaires.

Peut-on utiliser un chauffage d'appoint au pétrole ou au gaz ?

Oui, mais avec précaution : en respectant les consignes du fabricant, avec le seul combustible prévu, et pas plus de deux heures de suite. Les appareils de cuisson, comme le four ou les plaques au gaz, ne doivent jamais servir à se chauffer, et les braseros ou barbecues ne doivent jamais être utilisés à l'intérieur.

Sources

  • Direction générale de la santé, Santé publique France et Anses, communiqué de presse « Intoxications au monoxyde de carbone. Adopter les bons gestes peut sauver des vies », 26 novembre 2025
  • Santé publique France, dossier « Monoxyde de carbone », pages « Les enjeux de santé » et « Quels sont les signes d'une intoxication au monoxyde de carbone ? »

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