Pourquoi des moisissures apparaissent sur les murs en hiver, et comment les éviter sans travaux

Taches noires dans les angles, auréoles derrière l'armoire, joints de salle de bains qui noircissent : en hiver, l'humidité que l'on produit chaque jour se condense sur les murs froids. Une à deux fenêtres ouvertes au bon moment changent beaucoup de choses.

Angle de mur intérieur blanc taché de moisissures noires près d'une fenêtre embuée, dans un appartement en hiver.
Image Omni-Vision

On l’aperçoit un matin de décembre en déplaçant la commode : une constellation de petits points noirs sur le mur, juste derrière le meuble. Dans l’angle de la chambre, près du plafond, une auréole grise s’étend lentement. Les joints de la douche ont noirci, la fenêtre ruisselle au réveil. Ce n’est pas une fatalité des vieux logements ni le signe d’une infiltration : dans bien des cas, ce sont les gestes du quotidien qui nourrissent ces moisissures.

Le phénomène est massif. Selon une expertise de l’Anses publiée en 2016, des moisissures visibles sont présentes dans 14 à 20 % des logements français. Et l’hiver est leur saison de prédilection.

Ce que l’on rejette dans l’air sans s’en rendre compte

Un logement habité produit chaque jour une quantité importante de vapeur d’eau. On en rejette en respirant et en transpirant, on en libère en prenant une douche, en cuisinant, en faisant bouillir de l’eau, en faisant sécher du linge à l’intérieur. Cette vapeur est invisible tant que l’air est assez chaud pour la contenir.

En été, on ouvre les fenêtres et cette humidité s’évacue naturellement. En hiver, on les ferme pour garder la chaleur, on calfeutre, parfois on bouche les grilles d’aération. L’humidité produite reste alors piégée dans le logement, et elle va se déposer quelque part.

Pourquoi les murs froids attirent l’humidité

Ce quelque part, ce sont les surfaces les plus froides. Quand l’air chaud et humide de la pièce touche un mur ou une vitre plus froids, il se refroidit à son contact. S’il descend sous son point de rosée, il ne peut plus garder toute sa vapeur, et l’excédent se condense en fines gouttelettes. C’est le même phénomène qui couvre de buée le pare-brise d’une voiture par un matin humide.

Dans un logement, les points froids sont connus : les murs donnant sur l’extérieur, les angles où deux murs extérieurs se rejoignent, le haut des murs près du plafond, l’encadrement des fenêtres, et toutes les surfaces cachées derrière un meuble, où l’air chaud de la pièce ne circule pas. Ces mêmes parois froides expliquent qu’on puisse avoir froid dans une pièce pourtant chauffée à une température raisonnable. Sur ces surfaces, l’humidité ne sèche jamais vraiment. Les spores de moisissures, présentes partout dans l’air, y trouvent l’eau dont elles ont besoin pour germer et se développer.

Les moisissures ne viennent pas du mur : elles poussent là où l’humidité que nous produisons rencontre une surface trop froide pour la laisser repartir.

Des effets avérés sur la santé respiratoire

Les moisissures ne sont pas qu’une question d’esthétique ou de peinture à refaire. Dans son expertise, l’Anses conclut à des effets avérés sur la santé respiratoire, notamment le développement ou l’aggravation de l’asthme chez l’enfant, et la rhinite allergique.

L’agence identifie aussi les personnes les plus vulnérables : les nourrissons dès la naissance, les enfants et adultes asthmatiques, ainsi que les personnes immunodéprimées ou atteintes d’une maladie respiratoire chronique. Elle souligne que les personnes en situation de précarité énergétique ou vivant dans des logements suroccupés peuvent être surexposées : quand on peine à chauffer et qu’on vit nombreux dans un petit espace, l’humidité s’accumule plus vite et les parois restent froides.

Les gestes qui empêchent les moisissures de s’installer

La clé, résume l’Anses, est de considérer ensemble trois facteurs : la ventilation, l’isolation et le chauffage. Sans engager de travaux, c’est surtout sur la ventilation et les habitudes que l’on peut agir.

GestePourquoi il aide
Aérer 10 à 15 minutes par jour, même en hiverÉvacue l’humidité accumulée sans refroidir durablement les murs
Aérer après la douche et pendant la cuissonÉvacue la vapeur au moment où elle est produite
Utiliser la hotte et couvrir les casserolesRéduit la vapeur libérée dans la cuisine
Ne jamais boucher les entrées d’air ni couper la ventilationAssure un renouvellement permanent de l’air
Décoller les meubles de quelques centimètres des murs extérieursLaisse circuler l’air chaud sur les parois froides
Limiter le séchage du linge à l’intérieur, ou bien aérer la pièceÉvite d’ajouter des litres d’eau dans l’air du logement
Chauffer de façon régulière plutôt que par à-coupsÉvite que les murs ne refroidissent trop entre deux périodes de chauffe

Les trois premiers gestes figurent dans les recommandations de l’Anses pour la qualité de l’air intérieur : aérer au moins 10 à 15 minutes chaque jour, même en hiver, limiter l’humidité en aérant après la douche, en utilisant la hotte et en couvrant les casseroles, et ne pas obstruer les entrées d’air ni couper la ventilation. Boucher les grilles d’aération pour gagner un peu de chaleur est doublement risqué : cela favorise les moisissures et, en présence d’un appareil à combustion, peut provoquer une intoxication au monoxyde de carbone.

Isoler sans ventiler, une fausse bonne idée

L’insistance de l’Anses à traiter ensemble ventilation, isolation et chauffage n’a rien d’anodin. Un logement que l’on rend plus étanche, en remplaçant de vieilles fenêtres par du double vitrage très hermétique ou en calfeutrant toutes les ouvertures, perd aussi les fuites d’air qui évacuaient autrefois une partie de l’humidité. Sans système de ventilation adapté, la vapeur produite au quotidien n’a plus d’issue, et les moisissures peuvent apparaître dans un logement pourtant mieux isolé qu’avant.

C’est pourquoi l’agence a recommandé une meilleure coordination entre les professionnels du bâtiment, ceux de l’énergie et les pouvoirs publics, afin que les travaux de rénovation énergétique tiennent compte de ce risque. Pour un particulier qui fait changer ses fenêtres, la question à poser à l’artisan est simple : comment l’air sera-t-il renouvelé une fois les travaux terminés ?

Quand les taches sont déjà là

Une petite tache de moisissure sur un joint ou dans un angle se nettoie, mais le nettoyage ne sert à rien si l’on ne traite pas la cause : sans changement dans l’aération ou le chauffage, elle reviendra en quelques semaines. Pour nettoyer, on protège ses mains avec des gants, on aère la pièce pendant l’opération, et l’on évite de gratter à sec, ce qui disperse les spores dans l’air. On laisse ensuite bien sécher la surface.

Certaines situations dépassent les gestes du quotidien : des moisissures étendues sur plusieurs mètres carrés, une odeur de moisi persistante, des taches qui réapparaissent malgré une aération régulière, ou une humidité liée à une fuite, une infiltration ou un dégât des eaux. Il faut alors chercher l’origine de l’humidité avec un professionnel, et, pour un locataire, en informer le propriétaire. L’Anses recommande d’ailleurs de mieux informer locataires et propriétaires sur ces enjeux. En cas de symptômes respiratoires persistants, en particulier chez un enfant asthmatique, un avis médical s’impose.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il aérer en hiver ?

L'Anses recommande d'aérer au moins 10 à 15 minutes chaque jour, même en hiver. Une aération courte et franche, fenêtres grandes ouvertes, renouvelle l'air sans refroidir durablement les murs. Il est utile d'aérer davantage après une douche, pendant la cuisine ou le ménage.

Les moisissures sont-elles dangereuses pour la santé ?

Selon l'Anses, l'exposition aux moisissures dans les logements a des effets avérés sur la santé respiratoire, notamment le développement ou l'aggravation de l'asthme chez l'enfant et la rhinite allergique. Les nourrissons, les personnes asthmatiques et les personnes immunodéprimées ou atteintes de maladies respiratoires chroniques sont les plus vulnérables.

Faut-il boucher les grilles d'aération pour garder la chaleur ?

Non. L'Anses recommande de ne jamais obstruer les entrées d'air ni couper la ventilation. Ces grilles évacuent l'humidité et les polluants. Les boucher favorise les moisissures et, avec un appareil à combustion, peut provoquer une intoxication au monoxyde de carbone.

Pourquoi les moisissures se forment-elles surtout dans les angles et derrière les meubles ?

Les angles des murs extérieurs et les surfaces masquées par un meuble sont plus froids et moins ventilés que le reste de la pièce. La vapeur d'eau de l'air s'y condense plus facilement, et l'humidité y stagne. C'est pourquoi on conseille de laisser quelques centimètres entre les meubles et les murs extérieurs.

Sources

  • Anses, « Reinforced measures for preventing mould growth in buildings and the impact of mould on human health », 1er août 2016
  • Anses, « Qualité de l'air intérieur : agir pour l'améliorer », mis à jour le 29 septembre 2026

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