Pourquoi on recommande de chauffer son logement à 19 °C, et ce que dit vraiment la loi
Le chiffre revient chaque hiver comme une consigne, parfois comme une obligation. Il vient en réalité d'un texte de 1977, s'entend comme une moyenne, et admet des exceptions que beaucoup ignorent.
Novembre, premières vraies gelées, et dans les conversations revient toujours le même chiffre : 19 °C. Les campagnes d’économie d’énergie le martèlent, certains bailleurs l’appliquent à la lettre, des colocataires se disputent autour du thermostat en le brandissant comme une loi. D’autres le jugent arbitraire, trop froid, presque punitif. Entre consigne, recommandation et obligation, plus personne ne sait très bien ce que recouvrent ces 19 degrés.
La réponse est plus nuancée qu’on ne le croit. Le chiffre a une base juridique, mais il s’agit d’une moyenne, assortie d’exceptions précises, et il repose sur un compromis entre santé, confort et énergie.
Un chiffre inscrit dans le Code de l’énergie depuis les années 1970
Le repère des 19 °C ne date pas des crises énergétiques récentes. Il trouve son origine dans les mesures prises après les chocs pétroliers des années 1970, notamment un arrêté du 25 juillet 1977 relatif à la limitation de la température de chauffage. Il est aujourd’hui repris par l’article R. 241-26 du Code de l’énergie.
C’est ce que rappelle le ministère chargé du logement dans une réponse à une députée, publiée au Journal officiel en octobre 2023 : ces dispositions limitent à 19 °C la température moyenne de chauffage dans les locaux à usage d’habitation, d’enseignement, de bureaux ou recevant du public. Le mot important est « moyenne ». Comme le souligne le ministère, cette température peut varier entre les différentes pièces d’un logement, et même au sein d’une seule pièce, selon la disposition des radiateurs et la qualité de la régulation.
Autrement dit, 19 °C ne signifie pas que chaque pièce doit afficher exactement cette valeur à toute heure. Un salon à 20 °C et une chambre à 17 °C peuvent parfaitement respecter une moyenne de 19 °C.
Les exceptions : jusqu’à 22 °C pour les plus vulnérables
La réglementation prévoit des dérogations que l’on oublie souvent. Toujours selon la réponse ministérielle, la température moyenne de chauffage peut être portée à 22 °C dans les logements où sont donnés des soins médicaux à des personnes non hospitalisées, ou qui logent des personnes âgées ou des enfants en bas âge. Par ailleurs, la température d’une pièce individuelle ne doit pas dépasser 24 °C.
| Situation | Température moyenne de chauffage |
|---|---|
| Logement ordinaire | 19 °C au plus, en moyenne |
| Logement accueillant des personnes âgées ou de jeunes enfants | Jusqu’à 22 °C |
| Logement où des soins médicaux sont donnés à domicile | Jusqu’à 22 °C |
| Une pièce prise isolément | 24 °C au maximum |
| Repère sanitaire de l’OMS (2018) | Au moins 18 °C garantis |
Ces exceptions ont une raison simple : les personnes âgées, les nourrissons et les malades régulent moins bien leur température corporelle et passent souvent plus de temps immobiles à la maison. Un logement à 19 °C convient à un adulte actif qui bouge, beaucoup moins à une personne de quatre-vingt-dix ans assise dans son fauteuil toute la journée.
La question n’a rien de théorique. Elle a été posée au gouvernement par une députée après l’hiver 2022, quand certains bailleurs sociaux appliquaient les recommandations de sobriété avec zèle, en plafonnant le chauffage à 19 °C le jour et 17 °C la nuit dans des logements occupés par des personnes âgées ou de jeunes enfants. La réponse du ministère est claire : la réglementation permet déjà de différencier la température moyenne d’un logement, au besoin au-delà de 19 °C, en fonction des besoins sanitaires de ses occupants. Le repère vaut pour le cas général, pas pour tous les foyers sans distinction.
Pourquoi 19 °C et pas 18 ou 21 ?
Le chiffre est un compromis. Côté santé, le ministère cite les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé sur le logement et la santé, publiées en 2018 : une température minimale garantie d’au moins 18 °C permet de prévenir les risques sanitaires liés au froid. La réglementation française, à 19 °C de moyenne, est donc légèrement plus protectrice que ce seuil.
Côté énergie, chaque degré compte. Dans sa fiche « 10 gestes clés pour économiser l’énergie cet hiver », l’ADEME rappelle que baisser la température de 1 °C, c’est 7 % de consommation d’énergie en moins. Chauffer à 22 °C plutôt qu’à 19 °C revient ainsi à augmenter sa consommation de chauffage d’environ un cinquième. Pour un poste qui représente une part majeure de la facture énergétique d’un foyer, l’écart se voit rapidement.
Le repère des 19 °C n’est pas une limite de confort, c’est un point d’équilibre entre ce dont le corps a besoin et ce que coûte chaque degré supplémentaire.
Pourquoi on peut avoir froid à 19 °C
Beaucoup de gens assurent grelotter à 19 °C. Ils n’ont pas forcément tort, et le ministère lui-même l’admet : d’autres phénomènes, comme celui dit des parois froides, peuvent occasionner un ressenti bien inférieur à la température réelle de la pièce.
Le principe est simple. Notre corps n’échange pas seulement de la chaleur avec l’air, il en rayonne aussi vers les surfaces qui l’entourent. Dans un logement mal isolé, les murs, les fenêtres et le sol sont froids, même si l’air est à 19 °C. Assis près d’une grande baie vitrée en simple vitrage, on perd de la chaleur par rayonnement vers la vitre glacée, et l’on a froid alors que le thermomètre affiche une température correcte. Dans un logement bien isolé, aux murs tièdes, les mêmes 19 °C paraissent nettement plus confortables.
D’où la conclusion du ministère : sans modifier la consigne moyenne, des appareils de chauffage efficaces, une bonne régulation et une meilleure isolation améliorent sensiblement le confort. S’y ajoute un facteur saisonnier : en début d’hiver, le corps n’est pas encore habitué au froid, et l’on ressent davantage la fraîcheur, comme on l’explique à propos des 15 °C qui paraissent glaciaux en octobre.
Moduler plutôt que surchauffer
Le repère des 19 °C prend tout son sens quand on l’adapte au rythme de la maison. L’ADEME, dans sa fiche destinée aux bâtiments, conseille 19 °C pour les pièces occupées, 16 °C hors période d’occupation, et 8 °C si les lieux restent inoccupés plus de deux jours. À la maison, la même logique s’applique : baisser le chauffage quand on part travailler, la nuit dans les chambres, et pendant les vacances, plutôt que de maintenir une température constante dans des pièces vides.
Un thermostat programmable ou des têtes thermostatiques sur les radiateurs permettent de le faire sans y penser. L’entretien compte aussi : l’ADEME recommande d’entretenir les équipements de chauffage, en vérifiant notamment l’équilibrage et le désembouage, pour éviter les pertes de chaleur. Et quand il fait froid, un pull, des chaussettes chaudes et un plaid restent les moyens les moins chers de gagner un ou deux degrés de confort ressenti. À condition, bien sûr, de ne jamais boucher les aérations pour garder la chaleur : un geste dangereux avec les appareils à combustion, qui favorise les intoxications au monoxyde de carbone.
Questions fréquentes
Est-il obligatoire de chauffer son logement à 19 °C ?
Le Code de l'énergie limite à 19 °C la température moyenne de chauffage des logements, mais il s'agit d'une moyenne sur l'ensemble du logement, et des exceptions existent. Pour les particuliers, ce chiffre fonctionne surtout comme un repère : il n'existe pas de contrôle de la température dans les appartements et les maisons.
Peut-on chauffer à plus de 19 °C chez soi ?
Oui, dans certains cas prévus par la réglementation. La température moyenne peut être portée à 22 °C dans les logements où vivent des personnes âgées ou de jeunes enfants, ou dans lesquels des soins médicaux sont donnés à domicile. Une pièce isolée ne doit pas dépasser 24 °C.
Combien économise-t-on en baissant le chauffage d'un degré ?
L'ADEME estime que baisser la température de 1 °C réduit la consommation d'énergie de chauffage d'environ 7 %. L'économie réelle dépend de l'isolation du logement, du climat et du système de chauffage, mais l'ordre de grandeur est solide.
Quelle température dans une chambre la nuit ?
On dort généralement mieux dans une chambre un peu plus fraîche que les pièces de vie. Baisser la température la nuit est une source d'économie importante, à condition de rester dans une plage confortable, avec une couette adaptée, en particulier pour les bébés et les personnes âgées, plus sensibles au froid.
Sources
- Assemblée nationale, question écrite n° 4234 « Chauffage dans les logements sociaux » et réponse du ministère chargé du logement publiée au Journal officiel le 24 octobre 2023
- ADEME, « 10 gestes clés pour économiser l'énergie cet hiver », novembre 2023