Pourquoi il est interdit de brûler ses feuilles mortes et ses déchets verts au fond du jardin

Le petit feu de feuilles de l'automne, geste de jardinier transmis depuis des générations, est interdit partout en France. La raison tient dans sa fumée, bien plus chargée qu'on ne l'imagine, et les alternatives sont souvent plus utiles au jardin.

Tas de feuilles mortes ratissées au fond d'un jardin d'automne, à côté d'un râteau et d'une brouette, sous une lumière douce.
Image Omni-Vision

Un samedi d’octobre, l’odeur arrive par-dessus la haie. Âcre, épaisse, un peu sucrée : quelque part dans le quartier, quelqu’un a mis le feu à son tas de feuilles mortes. La fumée blanche monte lentement, puis se rabat sur les jardins voisins, s’infiltre par les fenêtres entrouvertes, imprègne le linge qui sèche. Pour beaucoup, c’est un parfum d’enfance, celui des grands-parents qui « faisaient leur feu » à chaque automne. Pour la loi, c’est une infraction.

Le brûlage des déchets verts à l’air libre est interdit aux particuliers sur tout le territoire. La règle surprend encore, tant le geste paraît naturel : ce ne sont que des feuilles, après tout. C’est justement là que se loge le malentendu.

Une interdiction nationale, même pour des feuilles sèches

Le site officiel Service-public.gouv.fr ne laisse aucune ambiguïté : il est interdit de brûler des déchets verts chez soi, que ce soit avec un incinérateur de jardin ou à l’air libre. L’interdiction vaut pour les feuilles mortes, les tontes de pelouse, les branches issues de la taille des haies et des arbustes, les résidus de débroussaillage. Et elle s’applique même quand les végétaux sont parfaitement secs.

Les incinérateurs de jardin, ces fûts métalliques percés vendus pour brûler proprement les déchets, sont eux aussi interdits par le Code de l’environnement, à l’utilisation comme à la vente. Le contrevenant s’expose à une amende de 750 euros, comme celui qui fournit ou vend un incinérateur à cette fin.

Il existe des exceptions, mais elles sont encadrées. Une commune qui ne dispose ni de déchetterie ni de collecte sélective des déchets verts peut prévoir des dérogations. Le préfet peut aussi autoriser un brûlage pour éradiquer une maladie des végétaux ou une espèce invasive. Dans tous les cas, c’est à la mairie ou à la préfecture qu’il faut poser la question, avant d’allumer quoi que ce soit.

Ce que contient vraiment la fumée d’un tas de feuilles

Si la règle est si stricte, c’est que la fumée d’un feu de jardin n’a rien d’anodin. Dans sa réponse à une question écrite d’un député, publiée au Journal officiel en décembre 2018, le ministère de la Transition écologique dresse la liste : brûler des végétaux à l’air libre, surtout s’ils sont humides, dégage des particules fines, des oxydes d’azote, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, du monoxyde de carbone, des composés organiques volatils, et même des dioxines.

Le problème vient de la façon dont ces feux brûlent. Un tas de feuilles est une combustion médiocre : peu d’oxygène au cœur du tas, une température basse, des végétaux souvent gorgés d’eau à l’automne. Une grande partie de la matière ne brûle pas complètement, et c’est précisément cette combustion incomplète qui produit la fumée épaisse et les composés les plus nocifs. C’est le même phénomène qui fait siffler et fumer le bois humide dans une cheminée, mais à l’air libre, sans conduit ni appareil pour améliorer la combustion.

Le ministère donne un ordre de grandeur frappant : 50 kilos de déchets verts brûlés suffisent à émettre autant de particules fines qu’une voiture diesel récente qui parcourt 13 000 kilomètres. Autrement dit, un seul feu de feuilles d’un après-midi d’automne équivaut, pour les particules fines, à plus d’une année de trajets en voiture pour beaucoup de ménages.

Un tas de feuilles qui fume tout l’après-midi n’est pas un petit feu : c’est une source de pollution concentrée, posée au milieu des jardins.

Pourquoi la fumée reste coincée dans les quartiers en automne

L’automne aggrave encore les choses. Les matins calmes et frais de cette saison sont souvent marqués par une inversion de température : une couche d’air froid stagne au ras du sol, sous de l’air plus doux, et ne se mélange pas avec lui. C’est elle qui retient le brouillard dans le fond des vallées, et elle piège de la même façon la fumée des feux de jardin. Au lieu de se disperser en altitude, la fumée s’étale horizontalement et stagne à hauteur de fenêtre, parfois pendant des heures.

Les premières personnes exposées sont celles qui allument le feu, penchées au-dessus du tas pour le tisonner. Viennent ensuite les voisins, en particulier les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant d’asthme ou de maladies respiratoires. Les particules fines pénètrent profondément dans les poumons, et c’est leur accumulation au fil des expositions qui pèse sur la santé.

Des alternatives qui profitent au jardin

L’ironie de l’histoire, c’est que les feuilles mortes que l’on brûle sont l’un des meilleurs amendements gratuits du jardin. Le ministère rappelle que les alternatives au brûlage, compostage de proximité, broyage, apport en déchetterie ou collecte, présentent un meilleur bilan carbone malgré les transports, et que le compost épandu sur les sols contribue à y stocker du carbone. Service-public.gouv.fr cite de son côté le compost et le paillage.

AlternativeComment faireBénéfice
PaillageÉtaler 5 à 10 cm de feuilles au pied des haies, arbustes et massifsProtège le sol du gel, limite les mauvaises herbes, nourrit la terre
CompostageMélanger les feuilles aux déchets de cuisine dans un composteurProduit un compost riche pour le potager
Terreau de feuillesEntasser les feuilles dans un coin ou un sac percé pendant un à deux ansDonne un terreau léger, idéal pour les semis
BroyagePasser la tondeuse sur les feuilles ou utiliser un broyeur pour les branchesRéduit le volume, accélère la décomposition
Déchetterie ou collecteApporter les surplus selon les règles de sa communeValorisation en compost à grande échelle

Les feuilles de la plupart des arbres se décomposent sans difficulté, surtout broyées. Celles de certaines essences, comme le chêne ou le platane, sont plus coriaces et mettent plus de temps : mieux vaut les broyer ou les mélanger à d’autres matières. Les branches de taille, plus volumineuses, gagnent à passer au broyeur, que certaines communes prêtent ou louent, avant de servir de paillage.

Un tas de feuilles, refuge pour la faune

Laisser un tas de feuilles en place a un dernier avantage, rarement évoqué : il sert d’abri. Les insectes utiles, les vers de terre, les crapauds, et surtout le hérisson qui cherche un nid pour hiberner, trouvent dans ces amas un refuge idéal contre le froid. C’est aussi pour eux que le brûlage est dangereux : un hérisson installé dans un tas de branches n’a aucune chance si l’on y met le feu sans vérifier.

Le geste le plus simple, finalement, est de ne rien faire de spectaculaire. Ratisser les feuilles des allées et de la pelouse, les entasser au pied des haies ou dans un coin du jardin, et laisser la nature les transformer. Au printemps, le tas aura fondu de moitié, la terre en dessous sera noire et grouillante de vie. Une manière bien plus douce de clore l’automne qu’un nuage de fumée au-dessus du quartier.

Questions fréquentes

Quelle amende risque-t-on en brûlant ses déchets verts ?

Le brûlage de déchets verts par un particulier peut être sanctionné d'une amende de 750 euros. La même sanction s'applique à l'utilisation d'un incinérateur de jardin, qui est lui aussi interdit. Des règles locales plus précises peuvent s'ajouter, fixées par arrêté préfectoral.

Peut-on brûler des déchets verts s'ils sont bien secs ?

Non. L'interdiction s'applique même aux végétaux secs. Les végétaux humides brûlent plus mal et dégagent davantage de fumée, mais même secs, ils libèrent des particules fines et d'autres polluants. Seules des dérogations accordées localement peuvent autoriser un brûlage.

Existe-t-il des exceptions à l'interdiction ?

Oui, dans des cas précis. Une commune dépourvue de déchetterie ou de collecte des déchets verts peut prévoir des dérogations, et le préfet peut autoriser un brûlage pour éliminer une maladie des plantes ou une espèce végétale invasive. Il faut se renseigner auprès de sa mairie ou de sa préfecture avant toute chose.

Que faire de grandes quantités de feuilles mortes ?

On peut les utiliser en paillage au pied des haies et dans les massifs, les mélanger au compost avec des déchets de cuisine, les laisser se transformer en terreau de feuilles dans un coin du jardin, ou les apporter en déchetterie. Passer la tondeuse dessus les broie et accélère leur décomposition.

Sources

  • Service-public.gouv.fr, Direction de l'information légale et administrative, « Brûlage des déchets verts : quelle réglementation ? », vérifié le 26 février 2025
  • Assemblée nationale, question écrite n° 9459 « Traitement apporté aux déchets verts » et réponse du ministère de la Transition écologique et solidaire publiée au Journal officiel le 25 décembre 2018

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