Pourquoi on croise des hérissons dans le jardin en octobre, et pourquoi leur poids décide de leur survie à l'hiver

Avant d'hiberner, le hérisson doit faire le plein de graisse. Les jeunes nés tard dans l'été courent contre la montre, et quelques centaines de grammes font la différence.

Hérisson d'Europe se faufilant entre des feuilles mortes dans un jardin au crépuscule d'automne.
Image Omni-Vision

Il est 21 heures, la nuit est tombée depuis longtemps, et un bruit de froissement monte du massif. Une respiration bruyante, presque un reniflement, des feuilles mortes qui bougent. La lampe de poche révèle une petite boule de piquants qui trottine sur la pelouse, s’arrête, fouille le sol du museau, repart. Les hérissons semblent plus nombreux que jamais au jardin en octobre. Ce n’est pas une impression : c’est leur dernier grand rush avant l’hiver.

Le hérisson d’Europe fait partie des rares mammifères français qui hibernent vraiment. Et pour réussir cette longue mise en veille, il doit atteindre un objectif précis : un poids minimal, qui se joue souvent à quelques dizaines de grammes près.

L’hibernation, une mise en veille presque totale

Le hérisson se nourrit d’insectes, de vers de terre, de limaces, de chenilles et de coléoptères. À partir de novembre, cette nourriture devient introuvable : les insectes meurent ou s’enfouissent, le sol se refroidit, les vers descendent en profondeur. Faute de pouvoir se nourrir pendant plusieurs mois, le hérisson a choisi une stratégie radicale : ralentir son organisme au point de presque l’arrêter.

Pendant l’hibernation, qui s’étend généralement de novembre à mars selon les régions et la météo, sa température corporelle chute d’environ 35 °C à quelques degrés seulement, souvent autour de 5 °C. Son cœur, qui bat près de 200 fois par minute en activité, ralentit à une dizaine ou une vingtaine de battements. Sa respiration devient si lente qu’elle peut s’interrompre plusieurs minutes. Toute son énergie provient de la graisse accumulée à l’automne.

ParamètreHérisson actifHérisson en hibernation
Température corporelleEnviron 35 °CQuelques degrés, souvent autour de 5 °C
Rythme cardiaquePrès de 200 battements par minuteUne dizaine à une vingtaine
RespirationUne quarantaine de cycles par minuteQuelques cycles, avec des pauses
Source d’énergieInsectes, vers, limacesUniquement les réserves de graisse

Ce n’est pas un sommeil, au sens où nous dormons chaque nuit : c’est un état de torpeur profonde, entrecoupé de réveils spontanés plusieurs fois au cours de l’hiver. À chaque réveil, l’animal doit remonter sa température à 35 °C, ce qui consomme une énergie considérable. Un hérisson dérangé trop souvent dans son nid peut épuiser ses réserves avant le printemps.

À l’inverse, d’autres petits mammifères du jardin font un choix différent. L’écureuil roux n’hiberne pas : il reste actif et compte sur ses provisions enterrées. Le hérisson, lui, ne stocke rien à l’extérieur : son garde-manger, c’est son propre corps.

La course contre la montre des hérissons d’automne

Un hérisson adulte en bonne santé pèse souvent 800 grammes à plus d’un kilo à l’automne. Il a eu tout l’été pour accumuler ses réserves. La situation est très différente pour les jeunes.

Les hérissons ont généralement une portée au début de l’été, mais certaines femelles en ont une seconde, plus tardive, en août ou septembre. Ces petits, que les soigneurs appellent les « hérissons d’automne », naissent avec quelques mois de retard sur le calendrier. À la naissance, ils pèsent une vingtaine de grammes. Il leur reste très peu de temps pour grossir avant que la nourriture ne disparaisse.

Un jeune hérisson qui pèse 300 grammes fin octobre n’a pas un problème de taille, il a un problème de calendrier.

Les spécialistes de la faune sauvage estiment qu’un jeune doit atteindre au moins 450 à 500 grammes avant d’entrer en hibernation pour avoir des chances raisonnables de survivre à l’hiver. En dessous, ses réserves risquent de s’épuiser avant le retour des beaux jours. C’est pour cela que l’on croise autant de jeunes hérissons en octobre et en novembre, parfois même en journée : ils mangent sans relâche, poussés par l’urgence.

Pourquoi un hérisson en plein jour doit alerter

Le hérisson est un animal nocturne. Le voir se promener en plein jour, surtout à la fin de l’automne, est presque toujours un signe de détresse. Un animal affamé, malade, blessé ou trop petit pour passer l’hiver sort parfois à découvert pour chercher de la nourriture coûte que coûte. Un hérisson qui titube, reste immobile au soleil ou semble couvert de mouches a besoin d’aide.

Dans ces cas, la bonne démarche consiste à le placer délicatement, avec des gants épais, dans un carton muni d’une serviette et d’une bouillotte tiède, dans un endroit calme, puis à contacter un centre de soins de la faune sauvage. Le hérisson est une espèce protégée en France : il est interdit de le garder chez soi, de le transporter sans raison ou de le relâcher loin de son lieu de découverte. Les centres de soins, souvent associatifs, savent le peser, le soigner et l’héberger pendant l’hiver si nécessaire.

Aider les hérissons sans leur nuire

Cette attention n’est pas superflue. Dans plusieurs pays d’Europe, dont le Royaume-Uni où il est le mieux suivi, le hérisson a connu un déclin marqué au cours des dernières décennies. Les causes sont bien identifiées : la circulation routière, qui tue chaque année un grand nombre d’individus lors de leurs déplacements nocturnes, la raréfaction des insectes, la disparition des haies, les jardins entièrement clos et les pelouses tondues à ras, sans abri ni nourriture. Les robots tondeuses, qui circulent parfois la nuit, sont aussi responsables de blessures graves. Le jardin des particuliers est devenu l’un de ses derniers refuges.

Le plus utile pour les hérissons de passage tient en quelques gestes simples. On laisse un coin du jardin un peu sauvage, avec un tas de feuilles mortes, de branchages ou de bois, où ils pourront construire leur nid d’hiver. On évite les granulés anti-limaces, qui empoisonnent à la fois les limaces et les animaux qui les mangent. On pratique de petites ouvertures d’une douzaine de centimètres dans les clôtures, pour que les hérissons, qui parcourent un ou deux kilomètres chaque nuit, puissent circuler d’un jardin à l’autre.

Pour la nourriture, l’aide doit rester ponctuelle et adaptée : des croquettes pour chat ou chaton à base de viande, ou de la pâtée, et surtout une coupelle d’eau fraîche peu profonde. Jamais de lait, que le hérisson ne digère pas et qui peut le tuer, ni de pain, de fruits ou de restes de table.

Il faut enfin faire attention aux travaux d’automne. Avant de brûler un tas de branches, de passer la débroussailleuse au pied des haies ou de retourner un compost, on vérifie qu’aucun hérisson ne s’y est installé. Les tas de feuilles mortes qui s’accumulent sous les arbres qui changent de couleur sont pour lui une maison idéale. Les laisser en place jusqu’au printemps, c’est peut-être offrir à un jeune hérisson d’automne la nuit au chaud qui lui permettra de voir le mois d’avril.

Questions fréquentes

Quel poids minimum doit atteindre un hérisson pour hiberner ?

On estime généralement qu'un jeune hérisson doit peser au moins 450 à 500 grammes avant l'hiver pour avoir des réserves suffisantes. En dessous, ses chances de survie diminuent fortement. Un jeune qui erre en plein jour à la fin de l'automne avec un poids bien inférieur doit être signalé à un centre de soins de la faune sauvage.

Peut-on donner du lait à un hérisson ?

Non. Les hérissons ne digèrent pas le lactose, et le lait de vache leur provoque des diarrhées qui peuvent être mortelles, surtout chez les jeunes déjà affaiblis. Il faut leur proposer uniquement de l'eau fraîche, dans une coupelle peu profonde.

Que donner à manger à un hérisson en automne ?

Des croquettes pour chat ou chaton de bonne qualité, à base de viande, ou de la pâtée pour chat, constituent une aide adaptée. Il faut éviter le pain, les fruits, les cacahuètes et les restes de table. Une coupelle d'eau fraîche est souvent plus utile encore, surtout en période sèche.

Le hérisson se réveille-t-il pendant l'hiver ?

Oui, plusieurs fois. L'hibernation est entrecoupée de réveils spontanés, au cours desquels l'animal remonte sa température, et parfois change de nid ou s'alimente brièvement lors d'une période douce. Ces réveils coûtent beaucoup d'énergie, ce qui explique l'importance des réserves de graisse.