Pourquoi les accidents de piétons bondissent après le passage à l'heure d'hiver, et comment se rendre visible la nuit

Du jour au lendemain, la sortie du travail se fait dans la pénombre. Les conducteurs ne ralentissent pas, les piétons en vêtements sombres deviennent presque invisibles : novembre est un mois piège sur la route.

Piéton portant un brassard réfléchissant traversant un passage piéton en ville à la tombée de la nuit en automne, éclairé par les phares d'une voiture.
Image Omni-Vision

Le dimanche du changement d’heure, on gagne une heure de sommeil. Le lundi soir, en sortant du travail à 18 heures, on découvre l’autre face de l’opération : il fait déjà presque nuit. Les trottoirs sont mouillés, les phares éblouissent, et les silhouettes en manteaux sombres se fondent dans la pénombre. Ce basculement brutal a un coût que les statistiques routières mesurent chaque année.

Selon des données de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière sur la période 2015-2019, citées par l’association Prévention Routière, le mois qui suit le passage à l’heure d’hiver, le nombre d’accidents de piétons augmente de 42 % entre 17 heures et 19 heures. Les piétons n’ont pas changé, les conducteurs non plus. C’est la lumière qui a disparu au mauvais moment.

Une heure de décalage qui déplace la nuit sur l’heure de pointe

Le mécanisme est simple. Fin octobre, en reculant les horloges d’une heure, on avance d’autant le coucher du soleil sur la journée de travail. La nuit, qui tombait pendant que la plupart des gens étaient déjà rentrés, tombe désormais en plein trajet de retour, au moment où les rues, les routes et les passages piétons sont les plus fréquentés. Le reste de l’automne prolonge l’effet, puisque les jours continuent de raccourcir jusqu’au solstice.

Les données de l’ONISR, toujours selon la même source, montrent que les heures de pointe du matin et du soir, de 7 heures à 10 heures et de 17 heures à 19 heures, entraînent davantage d’accidents de piétons de novembre à janvier. Le matin aussi, une partie des trajets se fait dans l’obscurité ou la lumière rasante du lever du jour.

Le changement d’heure a d’autres effets, sur le sommeil et la vigilance, que l’on décrit à propos de la fatigue du passage à l’heure d’hiver. Sur la route, c’est surtout la perte de visibilité qui pèse.

Des conducteurs qui sentent le danger mais ne ralentissent pas

Les automobilistes ont conscience du risque. Dans une enquête réalisée en ligne en octobre 2020 auprès de 1 017 personnes pour les associations Prévention Routière et Assurance Prévention, plus de deux conducteurs sur cinq déclaraient se sentir en danger en roulant le soir ou à la tombée de la nuit. Ils citaient d’abord la présence d’usagers pas assez visibles, pour 53 % d’entre eux, puis la lumière rasante, pour 47 %, et la luminosité réduite, pour 45 %.

Mais leur comportement ne suit pas. Les mêmes associations ont analysé les données de conduite d’un panel de 1 473 conducteurs équipés d’une application, soit plus de 129 000 heures de conduite et 3 millions de kilomètres. Résultat : au moment précis de la tombée de la nuit, les conducteurs n’adaptent pas leur vitesse, qui varie d’à peine 5 % en moyenne par rapport au reste de la journée, tous réseaux confondus.

Le conducteur qui roule à la même vitesse à 18 heures en novembre qu’à 18 heures en septembre ne conduit pas sur la même route.

Or à vitesse égale, la distance nécessaire pour s’arrêter ne change pas, tandis que la distance à laquelle on aperçoit un piéton en vêtements sombres, elle, se réduit fortement. Le temps de réaction disponible fond.

Pourquoi un piéton en noir devient presque invisible

La nuit, l’œil du conducteur ne voit vraiment que ce que ses phares éclairent, et ce qui renvoie leur lumière. Un manteau noir ou gris absorbe l’essentiel de cette lumière : le piéton n’apparaît qu’au dernier moment, comme une ombre un peu plus sombre que les autres. Un vêtement clair en renvoie davantage. Les matériaux réfléchissants vont beaucoup plus loin : ils sont conçus pour renvoyer la lumière vers sa source, donc droit vers les yeux du conducteur, et brillent dans les phares bien avant que la silhouette elle-même soit distincte.

Les éléments fluorescents, eux, sont surtout efficaces au crépuscule et par temps gris, quand il reste un peu de lumière du jour. Les deux se complètent, d’où la recommandation des associations Prévention Routière et Assurance Prévention : pour les piétons, les cyclistes et les usagers de trottinettes, porter des vêtements clairs avec des éléments fluorescents et réfléchissants.

À vélo : ce que la loi impose

Pour les cyclistes, se rendre visible n’est pas qu’un conseil. Service-Public détaille les équipements obligatoires la nuit, ou le jour lorsque la visibilité est insuffisante.

ÉquipementRègleAmende forfaitaire habituelle
Feu avantJaune ou blanc, non éblouissant11 euros
Feu arrièreRouge, non clignotant, bien visible de l’arrière11 euros
CatadioptresBlanc à l’avant, rouge à l’arrière, orange sur les roues et les pédales11 euros
Gilet haute visibilitéHors agglomération, la nuit ou par mauvaise visibilité, cycliste et passager, marquage CE35 euros
CasqueObligatoire pour les enfants de moins de 12 ans, conducteurs ou passagers135 euros

Les catadioptres des roues ne sont pas exigés si les pneus comportent des éléments réfléchissants homologués. Au-delà du minimum, la réglementation autorise des équipements supplémentaires : un second feu avant et un second feu arrière non clignotants, un feu stop, des clignotants que le cycliste peut porter sur lui, des bandes ou autocollants réfléchissants sur les côtés.

Les bons réflexes de novembre à janvier

Pour les piétons, l’essentiel tient en quelques gestes : choisir un manteau clair ou ajouter un brassard, une bande ou un gilet réfléchissant, traverser aux passages piétons éclairés, et ne jamais supposer qu’un conducteur vous a vu parce que vous le voyez, ses phares dans les yeux. Pour les cyclistes, vérifier avant la saison que les feux fonctionnent, que les catadioptres sont en place, et garder un gilet dans la sacoche pour les trajets hors agglomération.

Les usagers de trottinettes et d’autres engins de déplacement sont logés à la même enseigne. Les associations Prévention Routière et Assurance Prévention leur conseillent, comme aux cyclistes, de vérifier que l’engin dispose bien de lumières à l’avant et à l’arrière ainsi que de dispositifs réfléchissants à l’arrière et sur les côtés. Sur ces engins bas et rapides, souvent conduits au milieu de la circulation, quelques secondes de détection gagnées par le conducteur d’en face peuvent tout changer. Un feu qui fonctionne en septembre peut aussi tomber en panne en novembre : un contrôle rapide avant de partir, en allumant les feux contre un mur, prend dix secondes.

Côté conducteurs, les associations Prévention Routière et Assurance Prévention recommandent de faire contrôler les feux du véhicule chaque année et de vérifier régulièrement sa vue, en portant ses lunettes pour conduire. Un pare-brise propre, sans buée sur la face intérieure, améliore aussi nettement la vision de nuit. Et surtout, lever le pied à la tombée du jour, aux abords des écoles, des arrêts de bus et des passages piétons, pendant ces quelques mois où l’heure de pointe se joue dans la pénombre.

Questions fréquentes

Pourquoi y a-t-il plus d'accidents de piétons en novembre ?

Avec le passage à l'heure d'hiver, la nuit tombe en fin d'après-midi, pendant les trajets de retour. Selon des données de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière sur la période 2015-2019, citées par l'association Prévention Routière, le mois qui suit le changement d'heure, les accidents de piétons augmentent de 42 % entre 17 heures et 19 heures.

Le gilet jaune est-il obligatoire à vélo ?

Oui, hors agglomération, la nuit ou le jour lorsque la visibilité est insuffisante, pour le cycliste comme pour son passager. Le gilet doit être réfléchissant, à haute visibilité et porter le marquage CE. À défaut, l'amende forfaitaire est généralement de 35 euros.

Quels éclairages sont obligatoires sur un vélo ?

La nuit, ou le jour par mauvaise visibilité, un vélo doit avoir un feu avant jaune ou blanc non éblouissant et un feu arrière rouge non clignotant. Il doit aussi porter des catadioptres : blanc à l'avant, rouge à l'arrière, orange sur les roues et sur les pédales.

Comment un piéton peut-il se rendre visible la nuit ?

En portant des vêtements clairs, idéalement avec des éléments fluorescents et réfléchissants, comme le recommandent les associations Prévention Routière et Assurance Prévention. Un brassard ou une bande réfléchissante renvoie la lumière des phares vers le conducteur et rend le piéton visible bien plus tôt qu'un manteau sombre.

Sources

  • Association Prévention Routière et Assurance Prévention, communiqué de presse sur le passage à l'heure d'hiver, octobre 2020, citant des données ONISR 2015-2019
  • Service-Public.fr, « Équipements obligatoires à vélo », vérifié le 10 juin 2026

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