Pourquoi le passage à l'heure d'hiver fatigue pendant plusieurs jours alors qu'on gagne une heure de sommeil

Une heure de plus sous la couette, et pourtant un réveil trop matinal, une faim décalée et un coup de mou dès 17 heures. Notre horloge interne ne se règle pas aussi vite que celle du four.

Réveil analogique posé sur une table de nuit dans une chambre plongée dans la pénombre d'un petit matin d'automne, lumière bleutée à la fenêtre.
Image Omni-Vision

Le dimanche matin, on s’en réjouit : il est 8 heures à la pendule du salon, le corps en croit 9, et l’on a dormi une heure de plus. Le lundi, l’enthousiasme retombe. Réveil spontané à 5 h 45 à force de tourner dans le lit, petite faim à 11 heures, nuit tombée à 17 h 45 en sortant du bureau, envie de se coucher à 21 heures. Le mercredi, on se sent encore vaguement décalé, sans savoir dire pourquoi.

Le passage à l’heure d’hiver a la réputation d’être le « bon » changement d’heure, celui qui offre du sommeil au lieu d’en prendre. C’est vrai pour une nuit. Pour le reste de la semaine, notre corps raconte une autre histoire.

Une horloge interne qui ne lit pas la pendule

Chacun de nous porte une horloge biologique, logée dans une petite structure du cerveau située juste au-dessus du croisement des nerfs optiques, le noyau suprachiasmatique. Elle orchestre un cycle d’environ vingt-quatre heures : la température du corps, la sécrétion de cortisol au réveil, celle de mélatonine le soir, la faim, la vigilance, et même la digestion. C’est elle qui explique le coup de barre après le déjeuner ou le creux de vigilance de la fin de nuit.

Cette horloge ne tourne pas exactement sur 24 heures. Chez la plupart des gens, elle dure un peu plus, autour de 24 h 10 à 24 h 20. Elle est remise à l’heure chaque jour par plusieurs signaux, dont le plus puissant, de loin, est la lumière, en particulier celle du matin. Les repas, l’activité physique et les horaires sociaux jouent un rôle secondaire.

Quand on recule les pendules d’une heure, rien de tout cela ne change instantanément. L’horloge interne, elle, continue sur son rythme. Le lundi matin, quand le réveil sonne à 7 heures, le corps vit 8 heures : en soi, c’est confortable. Mais le soir, quand la pendule affiche 22 heures, l’organisme est déjà à 23 heures, avec la mélatonine qui monte et la vigilance qui chute. On a sommeil tôt, on se réveille tôt, et l’on mange avec un décalage d’une heure.

Pourquoi « gagner » une heure n’est pas si simple

En théorie, reculer d’une heure devrait être facile, puisque notre horloge naturelle a tendance à dériver vers des journées plus longues que 24 heures. Prolonger une journée d’une heure va dans son sens. C’est d’ailleurs pour cela que la plupart des chercheurs jugent le passage à l’heure d’hiver moins éprouvant que celui de mars, qui oblige à se lever une heure plus tôt.

Mais tout le monde ne s’adapte pas de la même façon. Les « couche-tôt », dont l’horloge est naturellement en avance, se retrouvent réveillés à l’aube pendant des jours. Les jeunes enfants, qui ignorent tout des pendules, se réveillent à leur heure habituelle, désormais une heure plus tôt pour leurs parents. Les personnes âgées, dont l’horloge est souvent moins souple, mettent plus de temps à se recaler. Et ceux qui profitent du dimanche pour faire une grasse matinée de deux heures cumulent en réalité un petit décalage horaire supplémentaire, qu’ils paient le lundi soir en n’arrivant pas à s’endormir.

ProfilCe qui se passe la première semaineDurée d’adaptation typique
Adulte « du soir »Gagne du sommeil, s’adapte facilement1 à 3 jours
Adulte « du matin »Réveils très précoces, sommeil le soir dès 21 h4 à 7 jours
Jeune enfantRéveil une heure plus tôt à l’heure légale, siestes décaléesenviron une semaine
Personne âgéeRéveils matinaux, somnolence en début de soiréeune semaine ou plus
Animaux d’élevageLes vaches laitières, habituées à l’heure de la traite, s’impatiententplusieurs jours

Le vrai choc : la nuit qui tombe une heure plus tôt

Le décalage de l’horloge interne n’est que la moitié de l’histoire. L’autre moitié tient à la lumière. Fin octobre, les journées raccourcissent déjà rapidement, de près de trois minutes par jour sous nos latitudes. Le passage à l’heure d’hiver retire brutalement une heure de clarté au soir, du jour au lendemain. Le samedi, il fait jour jusqu’à 18 h 35 à Paris ; le dimanche, la nuit tombe vers 17 h 35.

Pour beaucoup d’actifs, cela signifie qu’on part de chez soi au jour et qu’on rentre de nuit. L’exposition à la lumière naturelle chute, alors qu’elle est essentielle à la régulation de l’humeur et de l’énergie. Une étude danoise portant sur plus de 185 000 diagnostics a mesuré une hausse d’environ 11 % des épisodes dépressifs diagnostiqués à l’hôpital dans les semaines suivant le passage à l’heure d’hiver, un effet que les auteurs attribuent à la perte soudaine de lumière en fin de journée plutôt qu’au décalage de sommeil lui-même.

On gagne une heure de sommeil une seule nuit, mais on perd une heure de lumière en fin de journée pour tout l’hiver.

La sécurité routière connaît bien le phénomène : les accidents impliquant des piétons augmentent nettement dans les semaines qui suivent le changement d’heure d’octobre, à l’heure de pointe du soir, désormais plongée dans la pénombre. Conducteurs et piétons n’ont pas encore ajusté leurs réflexes à cette obscurité soudaine.

Les gestes qui raccourcissent la période d’adaptation

Puisque la lumière est le principal signal de l’horloge, c’est sur elle qu’il faut jouer. S’exposer à la lumière du jour le matin, en ouvrant grand les volets, en prenant son petit-déjeuner près d’une fenêtre ou en marchant un quart d’heure dehors, aide l’horloge à se caler sur le nouvel horaire. À l’inverse, pour les couche-tôt qui se réveillent trop tôt, chercher la lumière en fin d’après-midi et le soir aide à retarder l’horloge.

Le reste relève de la régularité. On garde les mêmes heures de lever et de repas, à l’heure légale, dès le dimanche, plutôt que de prolonger la grasse matinée. On évite la sieste de fin d’après-midi, tentante quand la nuit tombe à 17 h 45, qui empêche ensuite de s’endormir. On limite la caféine après le déjeuner, puisque la caféine bloque l’adénosine, la molécule qui fait monter la pression de sommeil au fil de la journée. Pour les jeunes enfants, décaler les horaires de dix à quinze minutes par jour dans les quatre jours précédant le changement adoucit nettement la transition.

Et si l’on se sent particulièrement abattu à mesure que les jours raccourcissent, ce n’est pas une simple question de volonté : la dépression saisonnière est une réalité médicale, qui se soigne notamment par la luminothérapie, des séances d’exposition à une lampe très lumineuse le matin. En cas de fatigue persistante, de perte d’intérêt ou de tristesse qui s’installent au-delà de quelques semaines, il vaut mieux en parler à son médecin.

Une heure héritée du choc pétrolier

Le changement d’heure a été réinstauré en France en 1976, après le premier choc pétrolier, pour réduire la consommation d’électricité liée à l’éclairage en soirée. L’idée était de caler l’activité humaine sur les heures de jour. À l’époque, l’économie d’énergie était sensible. Aujourd’hui, avec les ampoules LED et le poids croissant du chauffage et de la climatisation, elle est devenue marginale selon la plupart des évaluations.

Le Parlement européen a voté en 2019 pour supprimer ce double changement annuel. Mais il fallait choisir entre une heure d’été permanente, avec des matins très sombres en hiver, et une heure d’hiver permanente, avec des soirées très courtes en été. Les États membres ne se sont jamais mis d’accord, et le dossier est resté bloqué. En 2026, on reculera donc encore les pendules dans la nuit du 24 au 25 octobre, à 3 heures du matin. Une heure de sommeil gagnée, et quelques jours pour que le corps accepte que la nuit tombe désormais bien plus tôt, sur un rythme qui ne s’inversera qu’au solstice de décembre.

Questions fréquentes

Quand a lieu le passage à l'heure d'hiver en 2026 ?

Dans l'Union européenne, le passage à l'heure d'hiver a lieu le dernier dimanche d'octobre. En 2026, c'est dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre : à 3 heures du matin, il sera 2 heures. Les smartphones et ordinateurs s'ajustent automatiquement, mais pas toujours les fours, voitures et réveils.

Combien de temps faut-il pour s'adapter au changement d'heure ?

La plupart des adultes se réajustent en trois à cinq jours, à raison d'environ une demi-heure à une heure par jour selon les personnes. Les couche-tôt, les jeunes enfants et les personnes âgées peuvent mettre une semaine ou davantage. Une exposition à la lumière du jour le matin accélère nettement l'adaptation.

Comment préparer un bébé ou un jeune enfant au changement d'heure ?

Le plus efficace est de décaler progressivement les horaires sur trois ou quatre jours, de dix à quinze minutes par jour, en retardant le coucher, les repas et la sieste. On peut aussi simplement accepter quelques réveils plus matinaux la première semaine. Garder la chambre bien sombre le matin aide l'enfant à ne pas se réveiller avec le jour.

Le changement d'heure va-t-il être supprimé ?

Le Parlement européen a voté en 2019 en faveur de la fin du changement d'heure saisonnier, mais les États membres ne se sont jamais accordés sur l'heure à conserver toute l'année. Le dossier est depuis bloqué au Conseil de l'Union européenne, et le changement d'heure continue donc de s'appliquer.