Pourquoi les collisions avec le gibier se multiplient en automne, et que faire si un sanglier traverse devant vous
Sangliers, chevreuils et cerfs bougent davantage à l'automne, au moment même où la nuit tombe à l'heure de pointe. Freiner sans donner de coup de volant, prévenir les autorités, baliser : les bons réflexes avant et après le choc.
Une départementale à travers bois, un soir d’octobre. Il est à peine 19 heures mais il fait déjà sombre. Dans le faisceau des phares, une silhouette surgit du fossé, puis une deuxième : deux sangliers qui traversent sans hésiter. Le conducteur écrase la pédale de frein, la voiture s’arrête à quelques mètres. Ce soir, il a eu de la chance. Chaque automne, des milliers d’automobilistes ne l’ont pas.
Les collisions avec la faune sauvage font partie des risques routiers que l’on sous-estime volontiers. Pourtant, selon Bison Futé, sangliers, chevreuils et cerfs sont chaque année à l’origine de très nombreux accidents, et leur nombre a augmenté au fil des années. La fiche de prévention en donne la répartition : 36 % de sangliers, 17 % de chevreuils, 8 % de cerfs.
Pourquoi l’automne concentre les accidents
Bison Futé l’écrit sans détour : le phénomène est particulièrement observé en automne, avec l’ouverture de la chasse qui provoque d’importants mouvements de populations animales. Les battues délogent les animaux de leurs remises, les poussent à traverser des routes qu’ils ne franchiraient pas forcément, parfois en pleine journée.
À ces déplacements s’ajoute le calendrier humain. Avec le passage à l’heure d’hiver, la nuit tombe d’un coup en fin d’après-midi, au moment des trajets de retour du travail. Or, selon la fiche de Bison Futé, les collisions les plus importantes interviennent en début de soirée, ou en pleine journée s’agissant des chevreuils. Le pic d’activité des animaux et celui de la circulation se chevauchent alors.
Les accidents se produisent généralement sur les routes et autoroutes qui longent des forêts, des champs cultivés, ou même aux abords des villes. Selon Bison Futé, les animaux empruntent toujours le même itinéraire, depuis des centaines d’années, ce qui explique que certaines portions de route concentrent les traversées.
Des populations plus nombreuses, des routes plus fréquentées
La hausse des collisions ne tient pas seulement à la saison. Bison Futé l’explique d’abord par l’augmentation nette des populations de grand gibier, qui occupent aujourd’hui des départements d’où elles étaient absentes il y a une quinzaine d’années. L’autre raison tient à la progression de la circulation et à des vitesses inadaptées à ce danger.
Les conséquences humaines sont réelles. La fiche cite des données de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière : en 2012, 141 collisions avec un animal sauvage ont été recensées en France dans le fichier des accidents corporels, avec 9 morts et 157 blessés, dont 103 hospitalisés. Sur la période 2008-2010, une mission consacrée aux dégâts du grand gibier comptait environ 170 accidents corporels par an, pour une douzaine de morts. Ces chiffres ne portent que sur les accidents avec victimes : la grande majorité des collisions ne fait que des dégâts matériels, souvent importants, et n’apparaît pas dans ces statistiques.
| Animal | Part des collisions selon Bison Futé | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Sanglier | 36 % | Se déplace souvent en compagnie, en groupe |
| Chevreuil | 17 % | Collisions possibles en pleine journée |
| Cerf | 8 % | Animal massif, choc particulièrement violent |
Les réflexes qui évitent le choc
La première protection est la vitesse. Bison Futé recommande d’adapter sa vitesse dès que l’on aperçoit le panneau triangulaire « animaux sauvages », placé sur les tronçons connus pour être des zones de passage habituel. Mais il conseille aussi de surveiller les bas-côtés et de ralentir même en l’absence de panneau, lors de la traversée de massifs forestiers ou en période de chasse : une vitesse réduite laisse la place à un freinage d’urgence maîtrisé.
Quand un chevreuil traverse, le deuxième n’est jamais loin : un animal peut en cacher un autre.
Cette règle, rappelée par Bison Futé, est capitale. Les cervidés et les sangliers se déplacent le plus souvent en groupe. Le conducteur qui a évité le premier animal et réaccélère aussitôt risque de percuter le suivant. Mieux vaut marquer un temps d’arrêt, ou repartir doucement en surveillant le bord de la route.
Le second réflexe est contre-intuitif : ne pas donner de coup de volant. Bison Futé met en garde contre les manœuvres d’évitement brusques, qui peuvent s’avérer encore plus dangereuses que le choc et se terminer en sortie de route, en chute en contrebas, contre un arbre ou contre un véhicule venant en sens inverse. Freiner fermement en gardant les roues droites reste la meilleure option. La vigilance doit être redoublée à deux-roues motorisé, ou lorsque l’on croise un véhicule en pleins phares, à cause du risque d’éblouissement.
Après une collision : sécuriser, prévenir, documenter
Si le choc n’a pu être évité, la priorité est d’éviter le suraccident. Bison Futé recommande d’allumer les feux de détresse, d’enfiler son gilet de sécurité et de placer le triangle de présignalisation à 30 mètres du véhicule, sauf si cela met sa vie en danger. On ne s’approche pas d’un animal blessé : un sanglier ou un cerf à terre peut encore se débattre violemment.
Il faut ensuite prévenir la gendarmerie ou la police, selon le lieu, en composant le 17 ou le 112, que l’animal soit blessé ou tué. Rassembler des preuves de la collision, photos du véhicule, de l’animal et des lieux, témoignages, facilite ensuite les démarches avec l’assureur, qu’il faut contacter rapidement. La prise en charge des dégâts dépend des garanties du contrat : il vaut mieux vérifier ce que couvre le sien avant d’en avoir besoin.
Reste une question qui surprend souvent : peut-on emporter l’animal ? L’article L. 424-9 du Code de l’environnement l’autorise pour le grand gibier tué accidentellement par un véhicule, à condition d’avoir prévenu au préalable la gendarmerie ou la police. Toute cession de ce gibier est en revanche interdite : on ne peut ni le vendre ni le donner.
Les petits animaux, victimes invisibles
Les collisions avec le grand gibier ne sont que la partie visible d’un phénomène plus vaste. Dans une note publiée en janvier 2020, un bénévole de la LPO du Lot a recensé 157 animaux morts au bord des routes en parcourant environ 20 000 kilomètres en une année dans quatre départements du sud-ouest : renards, chevreuils, blaireaux, hérissons, mais aussi merles, effraies des clochers, chouettes et couleuvres.
Ces victimes discrètes ne figurent dans aucune statistique d’accident. Elles rappellent pourtant que la route traverse en permanence le territoire des animaux sauvages. C’est pour cela que certaines collectivités aménagent des passages à faune, ponts boisés ou tunnels qui permettent aux animaux de franchir une route ou une voie ferrée sans croiser les voitures. Pour le conducteur, la règle tient en une phrase : en automne, à la tombée du jour et le long des bois, rouler comme si un animal pouvait surgir à chaque instant.
Questions fréquentes
Que faire si un animal traverse brusquement devant la voiture ?
Freiner fermement en tenant son volant droit, sans manœuvre d'évitement brusque. La fiche de Bison Futé souligne que ces écarts peuvent être plus dangereux que le choc lui-même et se terminer en sortie de route, contre un arbre ou contre un véhicule venant en sens inverse.
Que faire après avoir percuté un sanglier ou un chevreuil ?
Allumer les feux de détresse, enfiler le gilet de sécurité et placer le triangle à environ 30 mètres si cela ne met pas en danger. Il faut ensuite prévenir la gendarmerie ou la police, par le 17 ou le 112, que l'animal soit blessé ou tué, rassembler des preuves comme des photos et contacter son assureur.
Peut-on garder un chevreuil ou un sanglier percuté en voiture ?
Selon l'article L. 424-9 du Code de l'environnement, le grand gibier tué accidentellement par un véhicule peut être transporté à condition d'avoir prévenu au préalable la gendarmerie ou la police. Toute cession de ce gibier, c'est-à-dire sa vente ou son don, est interdite.
Pourquoi les collisions avec le gibier sont-elles plus fréquentes en automne ?
Selon Bison Futé, le phénomène est particulièrement marqué en automne, avec l'ouverture de la chasse qui provoque d'importants mouvements d'animaux. À la même période, la nuit tombe plus tôt, au moment des trajets de retour du travail, ce qui augmente l'exposition des conducteurs.
Sources
- Bison Futé, fiche « Attention aux traversées de gibier »
- Code de l'environnement, article L. 424-9, cité dans la note « Faune sauvage et collisions routières » de Jean-Christophe Boisguérin, LPO Lot, janvier 2020