Paracétamol : quelle dose maximale par jour, combien d'heures entre deux prises, et pourquoi le surdosage menace le foie

C'est le médicament le plus familier de l'armoire à pharmacie, et l'un des plus mal utilisés. Mal dosé, cumulé sans le savoir avec un sachet contre le rhume, le paracétamol est la première cause de greffe du foie d'origine médicamenteuse en France. Les repères à connaître.

Boîte de médicament sans marque, plaquette de comprimés entamée, verre d'eau et thermomètre posés sur une table de salle de bains.
Image Omni-Vision

Un mal de tête au réveil, deux comprimés avalés avec le café. Une fièvre qui monte le soir, un sachet contre l’état grippal avant de se coucher. Puis, au milieu de la nuit, encore un comprimé pour faire tomber la température. Rien d’inhabituel, et pourtant, sans le savoir, une personne peut ainsi dépasser largement la dose de paracétamol recommandée en une seule journée.

Le paracétamol est l’antidouleur et l’antifièvre le plus utilisé en automédication, chez l’adulte comme chez l’enfant. Bien employé, il est sûr et efficace. Mal employé, il peut provoquer des lésions graves du foie. Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament, l’ANSM, sa mauvaise utilisation est la première cause de greffe du foie d’origine médicamenteuse en France.

Les bonnes doses, selon le poids

La règle de base de l’ANSM tient en une phrase : le paracétamol s’utilise à la dose efficace la plus faible possible, et pendant la durée la plus courte. Concrètement, les repères dépendent du poids.

PersonneDose par priseIntervalle minimalMaximum par jour
Adulte de plus de 50 kg500 mg, ou 1 g si la douleur ou la fièvre est plus intense4 heures pour 500 mg, 6 heures pour 1 g3 g sans avis médical, 4 g au plus sur prescription
Enfant de 27 kg, environ 8 ans, à 50 kg500 mg6 heuresEnviron 60 mg par kilo, et 2 g au plus sous 40 kg
Enfant de moins de 27 kgSelon le poids, avec une forme pédiatriqueSelon la noticeSelon le poids

L’ANSM recommande donc de commencer par 500 milligrammes chez l’adulte, et de ne passer à 1 gramme que si la douleur ou la fièvre le justifient. Surtout, il ne faut jamais dépasser 3 grammes par jour de sa propre initiative. Seul un médecin peut augmenter la dose, sans jamais dépasser 4 grammes. La fiche destinée aux pharmaciens, éditée par le Cespharm, précise que l’intervalle entre deux prises passe à 8 heures en cas d’insuffisance rénale sévère.

Trois jours de fièvre, cinq jours de douleur

La durée compte autant que la dose. Sans ordonnance, l’ANSM limite le traitement à 3 jours en cas de fièvre et à 5 jours en cas de douleur. Au-delà, ou si les symptômes s’aggravent ou que de nouveaux apparaissent, il faut consulter un médecin : une fièvre qui dure peut signaler une infection à traiter, une douleur qui persiste mérite un diagnostic.

Certaines personnes doivent être plus prudentes encore. L’ANSM cite les adultes de moins de 50 kilos, les personnes atteintes d’une maladie du foie ou des reins, et celles souffrant d’alcoolisme chronique. Elles doivent consulter un professionnel de santé avant d’en prendre, car la dose doit souvent être réduite. Pendant la grossesse, la prise de médicaments est en général à éviter, mais un professionnel de santé peut conseiller le paracétamol, à la dose efficace la plus faible et le moins longtemps possible.

Le paracétamol n’est dangereux que mal dosé. Mais la dose qui protège se dépasse plus facilement qu’on ne le croit.

Le piège du paracétamol caché

Le surdosage ne vient pas toujours d’un excès de comprimés. Selon l’ANSM, plus de 200 médicaments commercialisés en France contiennent du paracétamol, seul ou associé à d’autres substances. On en trouve dans des médicaments contre la douleur et la fièvre, mais aussi contre les allergies, les symptômes du rhume ou de l’état grippal. La fiche du Cespharm mentionne des associations avec de la codéine, du tramadol, des antihistaminiques, des vasoconstricteurs, de la caféine ou de la vitamine C.

C’est là que se produisent bien des surdosages involontaires : un comprimé de paracétamol le matin, puis un sachet contre le rhume qui en contient aussi, et le total de la journée dépasse le maximum. L’ANSM insiste : il ne faut jamais prendre en même temps deux médicaments contenant du paracétamol, et toujours vérifier les substances actives, inscrites sur la face principale de la boîte.

La méconnaissance du risque reste importante. Selon un sondage cité par la fiche du Cespharm, seuls 54 % des Français connaissent la toxicité du paracétamol pour le foie en cas de surdosage, et 10 % pensent même qu’il n’y a aucun risque à dépasser la dose recommandée.

Ce que fait un surdosage au foie

Le surdosage, au sens de l’ANSM, ne désigne pas seulement l’ingestion d’une boîte entière. Il englobe aussi un dosage inadapté au poids, une dose trop forte par prise ou par jour, et un délai trop court entre deux prises. Dans ces situations, le paracétamol peut provoquer des lésions graves et parfois irréversibles du foie.

Le danger est d’autant plus grand que les premiers signes sont trompeurs. La fiche du Cespharm, s’appuyant sur le Manuel MSD, décrit l’évolution d’un surdosage très important en quatre stades : d’abord peu ou pas de symptômes, parfois des vomissements ; puis des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales ; ensuite une jaunisse et des hémorragies ; enfin une insuffisance du foie, et souvent d’autres organes, potentiellement mortelle. Une personne peut donc se sentir bien pendant les premières heures alors que les lésions sont en cours. En cas de doute sur une prise excessive, il faut contacter sans attendre un médecin, le 15 ou un centre antipoison, même en l’absence de symptômes.

Ce que le paracétamol ne soigne pas

Son usage est souvent banalisé, jusqu’à des situations où il n’a pas sa place. La fiche du Cespharm rappelle que le paracétamol n’est pas indiqué pour la gueule de bois, pour prévenir les douleurs musculaires avant ou après le sport, ni pour faciliter le sommeil, sauf si l’insomnie est due à une douleur. La combinaison avec l’alcool est d’ailleurs justement l’une des situations à risque pour le foie.

Pour limiter les erreurs, l’ANSM a pris plusieurs mesures. Depuis janvier 2020, les médicaments à base de paracétamol, comme l’ibuprofène et l’aspirine, ne sont plus en libre accès dans les pharmacies : ils sont placés derrière le comptoir, pour que le pharmacien puisse conseiller. Un message d’alerte sur le risque pour le foie en cas de surdosage figure aussi désormais sur les boîtes.

Quant aux anti-inflammatoires comme l’ibuprofène, ils obéissent à leurs propres règles : la dose minimale efficace, le moins longtemps possible, jamais deux à la fois, à éviter en cas de varicelle, et contre-indiqués à partir du sixième mois de grossesse. En cas de fièvre ou de douleur liée à une infection courante, l’ANSM recommande d’ailleurs de privilégier le paracétamol, en respectant ces règles. Et les comprimés restants en fin de traitement ont leur place à la pharmacie, comme l’explique notre article sur les médicaments non utilisés.

Questions fréquentes

Quelle est la dose maximale de paracétamol par jour pour un adulte ?

Selon l'ANSM, un adulte de plus de 50 kg ne doit jamais dépasser 3 grammes par jour de sa propre initiative. Seul un médecin peut augmenter la dose, sans jamais dépasser 4 grammes par jour. Chez l'adulte de moins de 50 kg ou en cas d'alcoolisme chronique, la dose est plus faible et doit être adaptée avec un professionnel de santé.

Combien de temps faut-il attendre entre deux prises de paracétamol ?

Selon l'ANSM, il faut attendre au moins 4 heures entre deux prises de 500 mg chez l'adulte, et 6 heures entre deux prises de 1 g. Chez l'enfant de 27 à 50 kg, l'intervalle est de 6 heures. En cas d'insuffisance rénale sévère, il est porté à 8 heures.

Combien de jours peut-on prendre du paracétamol sans ordonnance ?

Au maximum 3 jours en cas de fièvre et 5 jours en cas de douleur. Au-delà, ou si les symptômes s'aggravent ou changent, il faut consulter un médecin.

Quels médicaments contiennent du paracétamol sans qu'on le sache ?

Plus de 200 médicaments vendus en France contiennent du paracétamol, seul ou associé : contre la douleur, la fièvre, les allergies, ou les symptômes du rhume et de la grippe, notamment des sachets et comprimés associant d'autres substances. Il ne faut jamais en prendre deux en même temps, et vérifier les substances actives sur la face principale de la boîte.

Sources

  • ANSM, « Savez-vous bien utiliser le paracétamol contre la douleur et la fièvre ? », 18 octobre 2021
  • ANSM, « Bon usage du paracétamol et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : l'ANSM veut renforcer le rôle de conseil du pharmacien », 3 octobre 2019, mis à jour le 30 décembre 2020
  • Cespharm et Assurance maladie, fiche « Paracétamol : sécuriser la dispensation », octobre 2021

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