Médicaments périmés ou non utilisés : pourquoi les rapporter en pharmacie, et ce que révèle l'étude sur nos armoires à pharmacie
Chaque année, des milliers de tonnes de médicaments reviennent en pharmacie sans avoir été consommés. Quatre boîtes sur dix ne sont même pas périmées. Une étude publiée en 2026 dresse pour la première fois le portrait de ce gaspillage.
Au fond du placard de la salle de bains, il y a cette boîte d’antibiotiques entamée l’hiver dernier, trois tubes de pommade, deux boîtes de paracétamol dont une périmée depuis 2024, un sirop contre la toux à moitié vide. Comme dans la plupart des foyers, l’armoire à pharmacie s’est remplie au fil des ordonnances, sans jamais vraiment se vider. Un jour, on décide de faire le tri. Reste à savoir quoi faire de tout cela.
La réponse est simple : la pharmacie. Mais derrière ce geste se cache un phénomène de grande ampleur, que l’Agence nationale de sécurité du médicament et l’Assurance maladie ont mesuré pour la première fois dans une étude publiée en juin 2026, baptisée Perimed.
La pharmacie, seule destination
Les médicaments non utilisés, périmés ou non, se rapportent en pharmacie. Ils y sont ensuite collectés par l’éco-organisme Cyclamed, qui les fait incinérer avec valorisation énergétique : la chaleur produite par leur combustion est récupérée. Selon l’ANSM, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont ainsi été rapportées en pharmacie en 2024.
Les jeter à la poubelle ou, pire, dans l’évier ou les toilettes, revient à disperser des molécules actives dans l’environnement. Ce qui ne contient pas de médicament suit en revanche le circuit habituel : les cartons d’emballage vides et les notices en papier peuvent rejoindre le bac de tri des emballages. On ne rapporte donc en pharmacie que les comprimés, gélules, sirops, pommades, sprays et autres produits, dans leur conditionnement.
Ce que révèle l’étude Perimed
L’étude a reposé sur l’analyse de 32 840 unités collectées entre avril et juillet 2025, soit 85 kilos de médicaments représentant 1 125 spécialités différentes. Une photographie inédite du contenu de nos armoires à pharmacie, qui livre plusieurs enseignements.
| Constat | Chiffre de l’étude Perimed |
|---|---|
| Médicaments périmés au moment du retour | Environ 60 % |
| Boîtes rapportées encore valides | Environ 4 sur 10 |
| Part des médicaments sur ordonnance | Près de 70 % |
| Quatre classes thérapeutiques | 80 % des retours |
| Coût annuel estimé pour l’Assurance maladie | 517 millions d’euros, dont 278 millions pour des médicaments non périmés |
Quatre grandes familles concentrent 80 % des retours : les médicaments du système respiratoire, 25 %, du système digestif et du métabolisme, 21 %, du système nerveux, 21 %, et du système cardiovasculaire, 13 %. Les médicaments les plus fréquemment retrouvés sont les antalgiques comme le paracétamol et le tramadol, les laxatifs comme le macrogol et le lactulose, et les antibiotiques, en particulier l’amoxicilline.
Le volume collecté diminue depuis plusieurs années, de près de 30 % entre 2022 et 2024. Mais il reste élevé, et l’ANSM rappelle que la production des médicaments consommés en France générerait, selon un rapport du Shift Project publié en 2025, 9,1 millions de tonnes de CO2 par an.
Quatre boîtes sur dix encore valides
C’est le chiffre le plus frappant : environ 40 % des boîtes rapportées ne sont pas périmées. L’ANSM y voit un double message. D’un côté, c’est le signe que beaucoup de patients suivent la recommandation de rapporter leurs médicaments en fin de traitement plutôt que de les garder indéfiniment. De l’autre, c’est autant de produits encore utilisables détruits, ce qui montre une marge de progression, notamment sur la taille des boîtes.
Les médicaments sur ordonnance, qui représentent près de 70 % des unités collectées, sont plus souvent rapportés non périmés, à 44 %, que les médicaments vendus sans ordonnance, à 31 %. Et à l’inverse, certains produits courants arrivent très souvent déjà périmés : le paracétamol, l’ibuprofène ou des antidiarrhéiques comme le lopéramide et le racécadotril, dont les durées de conservation sont parfois courtes.
Une boîte rapportée pleine n’est pas un échec du patient : c’est souvent une boîte trop grande pour le traitement réel.
Pourquoi on ne finit pas ses médicaments
Selon l’ANSM, le non-usage est multifactoriel. L’observance d’abord : on arrête un traitement à cause d’effets indésirables, d’une efficacité jugée insuffisante, ou parce que les symptômes s’améliorent avant la fin. Les modalités de délivrance ensuite : certains médicaments prescrits « si besoin », comme les antalgiques, ne sont finalement pas consommés. Les conditionnements, aussi : des boîtes contenant plus de comprimés que nécessaire pour la durée réelle du traitement produisent mécaniquement des restes. Enfin, des dates de péremption parfois courtes conduisent à détruire des médicaments avant même qu’on en ait eu besoin. Pour les médicaments comme pour les aliments, il faut d’ailleurs bien lire la date, comme on l’explique à propos de la différence entre DLC et DDM.
Arrêter un traitement en cours de route n’est pas anodin pour autant. Pour les antibiotiques, l’ANSM insiste : la durée prescrite doit être respectée, et les comprimés restants ne doivent jamais être réutilisés plus tard pour soi ou ses proches, comme on l’explique à propos des antibiotiques inutiles contre les virus.
Les pistes pour moins gaspiller
L’étude débouche sur des leviers concrets. L’ANSM a lancé en novembre 2025, pour cinq ans, une expérimentation qui incite les laboratoires à prolonger la durée de conservation de certains médicaments, lorsque le maintien de leur qualité est démontré. Des conditionnements mieux adaptés aux traitements réels sont aussi encouragés, sur le modèle de certains somnifères déjà proposés en petites boîtes. La délivrance à l’unité est envisagée pour quelques produits spécifiques, comme certains antibiotiques. Et la Direction générale de la santé prévoyait une expérimentation de redispensation à l’hôpital de certains anticancéreux non utilisés, dans un circuit sécurisé.
Les médecins sont aussi mis à contribution : la convention médicale 2024-2029 prévoit notamment une consultation de déprescription pour les patients qui prennent de très nombreux médicaments, entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Plus largement, l’ANSM attend des professionnels de santé qu’ils prescrivent au plus juste, en privilégiant les alternatives non médicamenteuses quand elles existent, qu’ils vérifient avant tout renouvellement que le patient n’a pas déjà les mêmes médicaments chez lui, et qu’ils réévaluent régulièrement la pertinence des traitements. Les bilans partagés de médication, proposés en pharmacie à certains patients, vont dans le même sens. L’Assurance maladie et les représentants des infirmiers libéraux ont aussi expérimenté, dans plusieurs départements, une démarche dite antigaspi : lors de leurs visites à domicile, les infirmiers aident leurs patients à repérer et à limiter le gaspillage des produits de santé.
Côté patients, l’ANSM et l’Assurance maladie rappellent les bonnes pratiques : vérifier régulièrement le contenu de son armoire à pharmacie, éviter de stocker des médicaments en excès, signaler à son médecin ou à son pharmacien les médicaments qu’on a déjà chez soi avant un renouvellement, et rapporter en pharmacie les médicaments périmés ou inutilisés à la fin d’un traitement. Un tri par an, par exemple à l’automne avant la saison des rhumes, suffit à garder une armoire à pharmacie utile et sûre.
Questions fréquentes
Que faire de ses médicaments périmés ?
Il faut les rapporter en pharmacie, où ils sont collectés par l'éco-organisme Cyclamed pour être incinérés avec valorisation énergétique. Ils ne doivent pas être jetés à la poubelle ni dans l'évier ou les toilettes. Les cartons vides et les notices, eux, peuvent aller dans le bac de tri.
Faut-il aussi rapporter les médicaments non périmés ?
Oui, à la fin d'un traitement. L'ANSM recommande de rapporter les médicaments non utilisés en pharmacie plutôt que de les stocker longtemps à domicile. Pour les antibiotiques en particulier, les comprimés restants ne doivent jamais être réutilisés pour soi ou pour ses proches.
Les médicaments rapportés en pharmacie sont-ils redistribués ?
Non. Les médicaments collectés par Cyclamed sont incinérés et l'énergie produite est valorisée. Une expérimentation de redispensation à l'hôpital de certains anticancéreux non utilisés, dans un circuit sécurisé, était envisagée par la Direction générale de la santé à partir de septembre 2026.
Combien de médicaments sont gaspillés chaque année en France ?
En 2024, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées en pharmacie. Selon l'étude Perimed, environ 40 % des boîtes collectées n'étaient pas périmées, et le coût annuel de ces médicaments non utilisés pour l'Assurance maladie est estimé à 517 millions d'euros.
Sources
- ANSM, « Médicaments non utilisés : l'ANSM et l'Assurance Maladie publient les résultats de l'étude Perimed et identifient des leviers pour agir contre le gaspillage », 24 juin 2026