Fraude au faux conseiller bancaire : comment fonctionne l'arnaque, et que faire pour être remboursé
Un appel affichant le numéro de votre banque, un ton rassurant, des opérations suspectes à bloquer d'urgence : l'arnaque au faux conseiller bancaire piège chaque jour des clients méfiants. Comprendre son mécanisme permet de l'éviter, et de réagir vite si elle a réussi.
Le téléphone sonne, et l’écran affiche le numéro de votre agence. Au bout du fil, une voix posée se présente comme le service anti-fraude. Des paiements suspects seraient en cours sur votre compte : quelques centaines d’euros chez un commerçant en ligne, un virement vers l’étranger. Pour les bloquer, il suffirait de communiquer le code que vous allez recevoir par SMS, ou de valider une opération sur votre application. Pressé, inquiet, vous obéissez. Quelques minutes plus tard, l’argent a disparu.
La fraude au faux conseiller bancaire est redoutable parce qu’elle retourne la vigilance de la victime contre elle-même. Ceux qui tombent dans le piège ne sont pas des imprudents : ce sont souvent des clients qui veulent justement protéger leur compte. Comprendre comment elle fonctionne est la meilleure défense.
Le scénario de l’arnaque
Selon la fiche réflexe publiée par Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif national d’assistance aux victimes, l’escroc contacte la victime en prétendant être un agent du service anti-fraude de sa banque, dont il usurpe parfois le numéro de téléphone. Il affirme avoir identifié des opérations suspectes en cours sur le compte. Pour les bloquer, il demande à la victime de lui donner des codes reçus par SMS ou de confirmer des actions sur son application bancaire.
En réalité, ces codes et ces validations permettent à l’escroc d’autoriser lui-même des achats ou des virements frauduleux. La victime croit annuler des opérations ; elle les valide. Le piège est d’autant plus efficace que l’escroc dispose souvent d’informations exactes sur sa cible : identité, adresse, parfois coordonnées de carte bancaire. Selon Cybermalveillance, ces données ont pu être obtenues par hameçonnage, par le piratage d’un compte, ou par un virus voleur de mots de passe installé sur l’ordinateur ou le téléphone de la victime.
Le faux conseiller ne vous demande pas de faire confiance à un inconnu : il vous demande de faire confiance à votre banque, dont il a volé la voix.
Ce qu’une vraie banque ne demande jamais
La règle d’or tient en une phrase. Selon Cybermalveillance, aucun conseiller de votre banque ne vous demandera de lui communiquer votre mot de passe, des codes de confirmation ou d’effectuer des actions sur votre application bancaire pour de supposées fraudes en cours.
| Demande au téléphone | Vrai conseiller | Faux conseiller |
|---|---|---|
| Communiquer un code reçu par SMS | Jamais | Toujours |
| Donner son mot de passe | Jamais | Souvent |
| Valider une opération pour l’annuler | Jamais | Toujours |
| Agir dans l’urgence, sans raccrocher | Non | Oui |
Le réflexe à adopter face à un appel ou un message alarmant est simple : ne rien faire pendant l’appel, raccrocher, puis vérifier l’information par vous-même en contactant votre banque par vos moyens habituels, le numéro figurant sur votre carte ou dans votre application. Ne fournissez jamais de mot de passe ni de code, et ne validez en aucun cas une opération dont vous n’êtes pas à l’origine, même sous prétexte de l’annuler.
Si vous avez été piégé : les bons réflexes
Le temps compte. Cybermalveillance recommande d’abord de faire opposition à sa carte bancaire sans délai, et de changer le mot de passe de son compte bancaire en ligne si les escrocs y ont accédé ou si on le soupçonne. Le serveur interbancaire d’opposition, accessible au 0 892 705 705, fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, au tarif de 0,34 euro la minute selon la Banque de France ; l’opposition doit ensuite être confirmée par écrit selon les modalités de la banque.
Il faut ensuite alerter sa banque des opérations frauduleuses pour en demander l’annulation, et conserver toutes les preuves : numéros de téléphone, messages ou courriels reçus, ordres de virement, relevés de paiement. Si la fraude porte sur une carte bancaire, les faits se signalent sur la plateforme Perceval. Pour les autres arnaques, notamment les fraudes au virement, la Banque de France oriente vers la plateforme Thésée.
Cybermalveillance conseille aussi de porter plainte, au commissariat, à la gendarmerie ou par écrit auprès du procureur de la République, et de réaliser une analyse antivirale complète de ses appareils, pour détecter une éventuelle infection à l’origine du vol de données. Pour être conseillé, le service Info Escroqueries répond gratuitement au 0 805 805 817.
Le remboursement : délais et droits
Les victimes ont des droits. Selon la Banque de France, le Code monétaire et financier prévoit le remboursement des opérations non autorisées, sous certaines conditions. La demande doit être faite dans un délai maximal de treize mois après le débit. Ce délai est ramené à soixante-dix jours lorsque l’établissement du bénéficiaire est situé hors de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, le contrat pouvant prévoir un délai plus long, dans la limite de cent vingt jours.
La Banque de France précise un point essentiel : le dépôt de plainte n’est pas un préalable au remboursement, et la banque ne peut pas l’exiger comme condition pour instruire le dossier. Il est néanmoins recommandé, et il faut réunir tous les éléments disponibles pour faciliter l’examen de la demande. En cas de refus ou de désaccord persistant, le client peut se tourner vers le médiateur de sa banque, puis, si nécessaire, vers la justice. Les autorités suivent de près ces questions : l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, placé auprès de la Banque de France, a publié en 2023 treize recommandations destinées à améliorer le remboursement des victimes de fraude.
Des escrocs passibles de lourdes peines
Ces fraudes sont des infractions graves. Selon Cybermalveillance, leurs auteurs peuvent être poursuivis pour escroquerie, punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende, pour accès frauduleux à un système informatique, puni de deux ans d’emprisonnement et de 60 000 euros d’amende, et jusqu’à trois ans et 100 000 euros lorsque des données ont été supprimées ou modifiées, et pour collecte frauduleuse de données personnelles, punie de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.
La meilleure protection reste la prévention. Méfiez-vous des courriels et SMS d’hameçonnage qui cherchent à obtenir vos informations, comme les nombreux messages indésirables évoqués dans notre article sur le démarchage téléphonique et le spam. Installez les mises à jour de sécurité, n’installez des applications que depuis les magasins officiels, utilisez un antivirus, des mots de passe différents et complexes pour chaque service, et activez la double authentification quand elle est proposée. Et surtout, gardez en tête qu’une urgence téléphonique qui exige un code est toujours une arnaque. Parlez-en aussi autour de vous, en particulier aux proches âgés ou isolés, souvent ciblés par ces appels.
Questions fréquentes
Comment reconnaître un faux conseiller bancaire ?
Un vrai conseiller ne vous demandera jamais votre mot de passe, des codes de confirmation reçus par SMS, ni d'effectuer des actions sur votre application bancaire pour bloquer une supposée fraude. Même si le numéro affiché est celui de votre banque, il peut être usurpé. Au moindre doute, raccrochez et rappelez votre banque par vos moyens habituels.
Que faire si l'on a été victime d'un faux conseiller bancaire ?
Faire opposition sans délai à sa carte, changer le mot de passe de son espace bancaire en ligne, alerter sa banque pour demander l'annulation des opérations frauduleuses, conserver toutes les preuves et porter plainte. Pour une fraude à la carte, le signalement se fait sur la plateforme Perceval.
Combien de temps pour demander le remboursement d'une fraude bancaire ?
Selon la Banque de France, la demande de remboursement doit être faite dans un délai maximal de treize mois après le débit. Ce délai est ramené à soixante-dix jours lorsque l'établissement du bénéficiaire est situé hors de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen.
La banque peut-elle exiger un dépôt de plainte avant de rembourser ?
Non. Selon la Banque de France, le dépôt de plainte n'est pas un préalable au remboursement, et la banque ne peut pas l'exiger comme condition pour instruire le dossier. Porter plainte reste néanmoins recommandé.
Sources
- Cybermalveillance.gouv.fr, fiche réflexe « La fraude au faux conseiller bancaire », version de février 2024
- Banque de France, « Fraude aux moyens de paiement », page d'information pour les particuliers