Cadmium dans l'alimentation : pourquoi ce métal se retrouve dans le pain et les céréales, et comment limiter son exposition

Près de la moitié des adultes français dépassent le seuil critique d'imprégnation au cadmium, un métal lourd qui s'accumule dans les reins et les os. Il vient surtout des engrais, passe dans le pain et les céréales, et touche d'abord les enfants.

Bol de céréales du petit-déjeuner, tranches de pain et pommes de terre posés sur une table de cuisine, à côté d'un champ de blé en arrière-plan flou.
Image Omni-Vision

Une tartine au petit-déjeuner, un bol de céréales pour les enfants, des pâtes le midi, des pommes de terre le soir. Rien de plus ordinaire, et rien de plus sain en apparence. Pourtant, ces aliments du quotidien sont aussi ceux qui nous apportent le plus de cadmium, un métal lourd toxique dont l’imprégnation de la population française a presque doublé en une dizaine d’années.

Le sujet a pris de l’ampleur ces dernières années, entre alertes de médecins, avis de l’Anses et inquiétude des parents. Le service public d’information en santé, Santé.fr, a démêlé en juin 2026 le vrai du faux. Le constat est préoccupant, mais il ne justifie ni panique ni régime d’exclusion : il appelle surtout à varier son alimentation, et à agir à la source.

Un métal toxique qui s’accumule

Le cadmium est un métal lourd, classé cancérogène certain pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer, notamment pour le poumon chez les travailleurs qui l’inhalent. Son principal défaut tient à sa persistance : selon Santé.fr, il s’accumule dans l’organisme, surtout dans les reins et le foie, et met 10 à 30 ans pour être éliminé de moitié. Chaque petite dose quotidienne s’ajoute donc aux précédentes.

Les effets d’une exposition prolongée, même à faible dose, sont établis sur les reins et les os : atteintes rénales pouvant aller jusqu’à l’insuffisance rénale, ostéoporose et risque accru de fractures. Des effets sur le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire ont aussi été identifiés. Par voie alimentaire, l’Anses juge le lien avec le cancer prouvé chez l’animal, mais il ne s’agit encore que d’une suspicion chez l’humain.

Des engrais aux assiettes

Le cadmium est naturellement présent dans les sols, à l’état de traces, avec de fortes variations d’une région à l’autre. Mais les activités humaines, agriculture et métallurgie, en ont augmenté les teneurs. Selon Santé.fr, les engrais minéraux phosphatés représentent à eux seuls plus de la moitié des apports de cadmium dans les sols agricoles français. Les retombées atmosphériques héritées du XXe siècle pèsent encore, jusqu’à environ 30 % dans certaines zones, même si la pollution actuelle de l’air est très faible.

Une fois dans le sol, le cadmium est absorbé par les plantes cultivées, puis se retrouve dans les aliments. C’est pourquoi l’alimentation est de loin la première source d’exposition : environ 98 % chez les enfants et les adultes non-fumeurs, selon l’Anses. Chez les fumeurs, le tabac peut représenter jusqu’à 43 % de l’exposition, et leur imprégnation est en moyenne 50 % plus élevée.

Les aliments les plus chargés ne sont pas les plus en cause

Il faut distinguer deux choses. Les aliments les plus contaminés, ceux qui contiennent les plus fortes teneurs, sont les crustacés et mollusques, le chocolat et les abats, notamment les rognons. Mais ceux qui contribuent le plus à notre exposition sont des aliments consommés tous les jours, en grande quantité.

CatégorieAliments concernés selon Santé.fr
Les plus contaminésCrustacés et mollusques, chocolat, abats, notamment rognons
Les plus contributeurs à l’expositionPain, pommes de terre, céréales du petit-déjeuner, biscuits, gâteaux et viennoiseries, pâtes

Les teneurs ont baissé en moyenne entre les deux dernières études de l’alimentation totale de l’Anses, mais elles ont augmenté pour 28 % des aliments, dont certaines céréales du petit-déjeuner. D’où la conclusion de Santé.fr à l’affirmation selon laquelle il suffirait d’éviter les aliments les plus contaminés : pas exactement, puisque l’exposition vient surtout des aliments de base.

Le cadmium ne vient pas d’un aliment interdit, mais de la répétition quotidienne d’aliments ordinaires.

Les enfants en première ligne

Les enfants sont les plus touchés. Selon l’Anses, environ 25 % d’entre eux dépassent la dose journalière tolérable, fixée à 0,35 microgramme par kilo de poids corporel, contre moins de 2 % des adultes. Ils mangent davantage par rapport à leur poids, et leur alimentation, riche en produits céréaliers, biscuits et céréales du petit-déjeuner, les surexpose.

L’imprégnation de l’ensemble de la population inquiète aussi. Selon l’étude Esteban de Santé publique France, menée en 2014-2016, 47 % des adultes et 18 % des enfants dépassaient le seuil critique de 0,5 microgramme par gramme de créatinine dans les urines. L’imprégnation avait presque doublé par rapport à l’étude précédente, menée en 2006. De nouveaux résultats sont attendus à partir de 2028.

Le bio, une solution partielle

On pourrait penser que les aliments issus de l’agriculture biologique échappent au problème. Une méta-analyse de 2014, portant sur 343 études, a conclu à environ 48 % de cadmium en moins dans les cultures bio. Mais seules 2 % de ces études concernaient la France, et des travaux plus récents montrent des résultats contrastés. L’origine géographique compte aussi beaucoup, par exemple pour le cacao. À l’affirmation selon laquelle les aliments bio ne contiennent pas de cadmium, Santé.fr répond donc : faux.

Le vrai du faux en un coup d’œil

Santé.fr a passé au crible plusieurs affirmations courantes sur le cadmium. Ses verdicts résument bien l’état des connaissances.

AffirmationVerdict de Santé.fr
Le cadmium des sols vient seulement des usinesPas seulement : les engrais phosphatés y contribuent largement
Le cadmium ne pose problème qu’à forte doseFaux : les effets sur les reins et les os existent à faible dose prolongée
Le cadmium alimentaire provoque le cancer chez l’humainPas si simple : lien prouvé chez l’animal, suspecté chez l’humain
Les enfants sont autant exposés que les adultesFaux : ils le sont davantage
On ne peut rien faire pour limiter son expositionFaux

Les gestes qui réduisent l’exposition

L’Anses et le Programme national nutrition santé recommandent avant tout de varier son alimentation, l’origine des produits, les lieux d’achat et les marques. Il est conseillé de limiter les abats ainsi que les produits céréaliers gras et sucrés, comme les céréales du petit-déjeuner, les biscuits et les gâteaux, et de consommer davantage de légumineuses, lentilles, pois chiches et haricots. Pour les crustacés et mollusques, comme pour les poissons, la diversité reste la meilleure protection, ainsi qu’on l’explique à propos du poisson pendant la grossesse.

L’action la plus efficace se joue toutefois à la source. Le seuil européen de cadmium dans les engrais phosphatés est aujourd’hui de 60 milligrammes par kilo, avec un réexamen prévu en 2026. La France vise 40 milligrammes par kilo d’ici 2030, puis 20 milligrammes au plus tard en 2038. Ces efforts prendront du temps, puisque le cadmium accumulé dans les sols ne disparaît pas rapidement. Enfin, depuis le 16 juin 2026, le dépistage de l’exposition au cadmium est remboursé pour les personnes vivant sur un sol reconnu pollué ou suivies pour une intoxication chronique liée à leur lieu de résidence, sur prescription médicale.

Questions fréquentes

D'où vient le cadmium que l'on mange ?

Le cadmium est présent naturellement dans les sols, mais les activités humaines en ont augmenté les teneurs. En France, les engrais minéraux phosphatés représentent à eux seuls plus de la moitié des apports de cadmium dans les sols agricoles. Les plantes l'absorbent, puis il se retrouve dans les aliments.

Quels aliments contiennent le plus de cadmium ?

Les plus contaminés sont les crustacés et mollusques, le chocolat et les abats, notamment les rognons. Mais ceux qui contribuent le plus à l'exposition, parce qu'ils sont consommés tous les jours, sont le pain, les pommes de terre, les céréales du petit-déjeuner, les biscuits, gâteaux et viennoiseries, et les pâtes.

Pourquoi les enfants sont-ils plus exposés au cadmium ?

Ils mangent davantage par rapport à leur poids, et leur alimentation fait une large place aux produits céréaliers. Selon l'Anses, environ 25 % des enfants dépassent la dose journalière tolérable de cadmium, contre moins de 2 % des adultes.

Les aliments bio contiennent-ils moins de cadmium ?

Pas forcément. Une méta-analyse de 2014 a conclu à environ 48 % de cadmium en moins dans les cultures bio, mais seules 2 % des études portaient sur la France, et des travaux plus récents donnent des résultats contrastés. L'origine géographique des produits joue aussi un rôle important.

Sources

  • Santé.fr, Service public d'information en santé, « Cadmium et alimentation : démêler le vrai du faux », 16 juin 2026, s'appuyant notamment sur les études de l'alimentation totale de l'Anses et l'étude Esteban de Santé publique France

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