Pourquoi on attrape plus de rhumes en hiver : ce que le froid fait vraiment à notre nez
Le froid ne donne pas le rhume, un virus si. Mais une étude a montré qu'un nez refroidi par l'air hivernal perd une partie de ses défenses antivirales. À cela s'ajoutent des fenêtres fermées et des pièces bondées.
La consigne a traversé les générations : se couvrir pour ne pas attraper froid, ne jamais sortir les cheveux mouillés, remonter l’écharpe jusqu’au nez. De la grand-mère qui poursuit l’enfant avec son bonnet au parent inquiet au premier éternuement, l’idée est solidement ancrée. Les scientifiques ont longtemps souri de cette croyance : le rhume est causé par des virus, pas par la température. On peut grelotter des heures sans tomber malade si aucun virus n’est là, et attraper un rhume en plein mois d’août.
Pourtant, les rhumes sont nettement plus fréquents en hiver. Et une étude publiée récemment a apporté un élément nouveau : le froid ne crée pas l’infection, mais il pourrait affaiblir l’une des premières lignes de défense du corps, celle qui se trouve juste à l’entrée du nez.
Le froid ne donne pas le rhume, un virus si
Commençons par la base. Le rhume, que les médecins appellent rhinopharyngite, est une infection des voies respiratoires supérieures provoquée par une multitude de virus différents, parmi lesquels les rhinovirus sont les plus connus. Sans contact avec l’un de ces virus, pas de rhume, quel que soit le froid ressenti.
L’hiver multiplie en revanche les occasions de transmission. On vit davantage à l’intérieur, fenêtres fermées, dans des pièces chauffées et souvent bondées : bureaux, transports en commun, salles de classe, réunions de famille. Les virus respiratoires, transmis par les gouttelettes et les mains, passent alors plus facilement d’une personne à l’autre. L’air intérieur chauffé est aussi plus sec, ce qui pourrait favoriser la survie de certains virus et assécher les muqueuses.
Ces explications, connues depuis longtemps, ne disaient cependant rien d’une éventuelle fragilité du corps lui-même face au froid. C’est cette pièce manquante qu’une équipe américaine a cherché à éclairer.
Le nez, première ligne de défense contre les virus
Le nez n’est pas un simple tuyau qui conduit l’air vers les poumons. C’est le premier point de contact entre l’organisme et les virus que l’on respire, et il possède ses propres défenses. L’équipe de Benjamin Bleier, chercheur au Massachusetts Eye and Ear, un hôpital de Boston spécialisé en ophtalmologie et en ORL, s’est intéressée à l’une d’elles : les vésicules extracellulaires.
Ces vésicules sont de minuscules bulles libérées par les cellules qui tapissent l’intérieur du nez. Dans leur étude, publiée dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology en 2023, les chercheurs montrent que lorsque le nez détecte un signal viral, ses cellules libèrent ces vésicules en masse, comme un essaim. Les vésicules protègent contre l’infection de deux manières : elles transportent des molécules antivirales, et elles portent à leur surface des récepteurs sur lesquels les virus viennent se fixer, ce qui les détourne des cellules du nez. Une sorte de leurre que le corps envoie au-devant de l’envahisseur.
Dans le détail, les chercheurs décrivent un mécanisme précis. Le déclencheur est un capteur cellulaire, le récepteur TLR3, qui reconnaît une signature typique des virus. Une fois activé, il provoque la libération massive de vésicules. Celles-ci transportent un petit fragment d’ARN régulateur, le miR-17, aux propriétés antivirales, et portent des récepteurs comme ICAM-1 et LDLR, ceux-là mêmes que certains virus du rhume utilisent pour entrer dans nos cellules. Les virus s’y accrochent et sont neutralisés avant d’atteindre leur cible.
Ce que le froid fait à ces défenses
C’est là que la température entre en jeu. Selon l’article de Popular Science qui a rendu compte de l’étude, les chercheurs ont fait passer des volontaires d’une pièce à température ambiante à un air d’environ 4,4 °C pendant quinze minutes. La température à l’intérieur de leur nez a chuté d’environ 5 °C.
Les chercheurs ont ensuite reproduit cette baisse de température sur des cellules et des tissus nasaux en laboratoire. Le résultat est net : selon leur étude, le froid réduit la sécrétion de vésicules, la quantité de molécules antivirales qu’elles transportent et leur capacité à capter les virus. D’après Popular Science, la sécrétion de vésicules par les cellules nasales a baissé de près de 42 %.
Le froid n’apporte pas le virus, mais il semble désarmer en partie la sentinelle qui l’attend à l’entrée du nez.
Les auteurs y voient une explication biologique, et quantifiable, des variations saisonnières des infections respiratoires. Benjamin Bleier a expliqué à Popular Science que leurs travaux désignaient une cause biologique à ces variations, en complément des explications classiques liées au comportement. L’article rappelle toutefois les limites de l’étude : l’essentiel des mesures a été réalisé sur des cellules et des tissus en laboratoire, et non pendant une véritable infection dans le nez d’un patient. Des chercheurs extérieurs à l’étude soulignent qu’il reste à le confirmer dans des conditions réelles.
Pourquoi l’hiver cumule les facteurs
Au final, la hausse des rhumes en hiver résulte probablement d’une combinaison de facteurs plutôt que d’une cause unique :
| Facteur | Effet probable |
|---|---|
| Vie à l’intérieur, pièces fermées et bondées | Plus de contacts et de transmission des virus |
| Air intérieur chauffé et sec | Muqueuses asséchées, survie de certains virus favorisée |
| Air extérieur froid inhalé | Nez refroidi, défenses antivirales locales affaiblies |
| Rentrée scolaire et vie collective | Circulation intense des virus chez les enfants, puis dans les familles |
| Ensoleillement réduit | Moins de temps dehors, aération moindre des logements |
Le froid, réhabilité en partie par ces travaux, n’est donc qu’un élément parmi d’autres. Il ne suffit pas à rendre malade, mais il pourrait faire pencher la balance quand un virus est présent.
Les gestes qui limitent vraiment les rhumes d’hiver
Puisqu’il faut un virus pour attraper un rhume, la prévention passe d’abord par la limitation de la transmission. Le lavage régulier des mains, à l’eau et au savon, reste l’un des gestes les plus efficaces, car les virus du rhume se transmettent beaucoup par les mains portées au visage. Tousser et éternuer dans son coude, utiliser des mouchoirs jetables et aérer régulièrement les pièces, même par temps froid, réduisent aussi la circulation des virus.
Garder le nez au chaud par grand froid, avec une écharpe remontée sur le visage, est un geste logique au vu de ces résultats, même si aucune étude n’a encore démontré qu’il réduisait le nombre de rhumes. Il ne faut pas pour autant surchauffer les logements : un air trop chaud et trop sec assèche les muqueuses. Enfin, quand le rhume est là, il faut savoir qu’il guérit seul en une semaine à dix jours, que les antibiotiques n’y peuvent rien, et qu’il peut s’accompagner d’un goût fade des aliments à cause du nez bouché. Une fièvre élevée, une gêne respiratoire ou des symptômes qui s’aggravent au lieu de s’améliorer justifient en revanche un avis médical. Quant à la goutte au nez qui apparaît dans le froid, elle n’a rien d’un rhume : c’est simplement le nez qui réchauffe et humidifie l’air glacé que l’on respire.
Questions fréquentes
Peut-on attraper un rhume en sortant les cheveux mouillés ?
Le froid seul ne provoque pas de rhume : il faut être en contact avec un virus. En revanche, un refroidissement du nez pourrait réduire temporairement l'efficacité de ses défenses locales, ce qui faciliterait l'infection si un virus est présent. Les cheveux mouillés ne sont donc pas une cause, mais le froid peut jouer un rôle d'aggravant.
Quelle différence entre un rhume et une grippe ?
Le rhume est une infection bénigne du nez et de la gorge, causée par de nombreux virus différents, avec un nez qui coule, des éternuements et parfois une petite fatigue. La grippe provoque en général une fièvre élevée, des courbatures et un épuisement marqué, d'apparition brutale. Elle peut être grave chez les personnes fragiles.
Porter une écharpe sur le nez protège-t-il du rhume ?
Aucune étude n'a démontré qu'une écharpe empêche les rhumes. Mais si le refroidissement du nez affaiblit ses défenses, garder le nez au chaud par grand froid est un geste logique et sans risque. Le lavage des mains et l'aération des pièces restent les mesures les plus solides.
Combien de temps dure un rhume ?
Un rhume dure le plus souvent une semaine à dix jours, parfois un peu plus pour la toux. Il guérit seul et les antibiotiques n'ont aucun effet sur les virus qui le provoquent. Il faut consulter si la fièvre est élevée ou persiste, si la respiration devient difficile ou si les symptômes s'aggravent après quelques jours.
Sources
- Huang D, Taha MS, Nocera AL, Workman AD, Amiji MM, Bleier BS, « Cold exposure impairs extracellular vesicle swarm-mediated nasal antiviral immunity », The Journal of Allergy and Clinical Immunology, 2023
- Laura Baisas, « Cold temperatures could make our respiratory systems more vulnerable to infection », Popular Science, 6 décembre 2022