Se promener en forêt pendant la saison de chasse : quels jours, quels panneaux et comment se signaler
De septembre à fin février, promeneurs, cueilleurs de champignons et chasseurs se partagent les mêmes sous-bois. Savoir où et quand une battue a lieu, et comment se rendre visible, change beaucoup de choses.
Un dimanche matin d’octobre, sur le parking d’un massif forestier. À côté des voitures de promeneurs, une rangée de pick-up, des remorques à chiens, quelques silhouettes en gilet orange réunies autour d’un homme qui donne des consignes. Un peu plus loin, à l’entrée d’un chemin, un panneau : « Chasse en cours ». Faut-il renoncer à la promenade, changer de sentier, continuer prudemment ?
De la fin de l’été à la fin de l’hiver, la forêt française est un espace partagé. Les cueilleurs de champignons d’automne, les randonneurs, les cavaliers et les vététistes y croisent les chasseurs, souvent sur les mêmes chemins. Quelques repères suffisent pour que ce partage se passe sans risque.
Une saison qui couvre tout l’automne et l’hiver
La saison de chasse n’a pas de date unique pour toute la France. Selon la Fédération française de randonnée, l’ouverture générale de la chasse à tir a lieu début septembre et la fermeture fin février, avec un décalage d’une à deux semaines entre le sud et le nord du pays. Chaque année, un arrêté préfectoral fixe les dates exactes dans chaque département.
Dans les Yvelines, par exemple, la saison générale 2026-2027 court du 20 septembre 2026 à 9 heures au 28 février 2027 à 18 heures. Mais certaines espèces se chassent en dehors de cette période : le chevreuil, le daim, le sanglier ou le renard peuvent être tirés dès juin, juillet et août, rappelle la Fédération française de randonnée, et quelques espèces classées nuisibles le sont toute l’année. À l’inverse, être en pleine saison ne signifie pas qu’une chasse a lieu tel jour à tel endroit.
C’est en automne, d’octobre à décembre, que les deux mondes se rencontrent le plus : la forêt attire les promeneurs avec ses couleurs et ses champignons, et c’est aussi la période des grandes battues au gros gibier.
Des jours sans chasse, mais pas partout
Contrairement à une idée répandue, il n’existe pas de jour national sans chasse. Le mercredi sans chasse a été supprimé par une loi de 2003, et la chasse est depuis autorisée, en principe, tous les jours de la période d’ouverture. Ce n’est pas pour autant la règle partout.
Dans sa réponse à une question écrite d’un député publiée au Journal officiel en 2014, le ministère de l’Écologie rappelait que la chasse est déjà interdite, les jours de forte fréquentation, sur les territoires dont la vocation est l’accueil du public. Dans les forêts publiques, et en particulier dans les forêts domaniales périurbaines, les cahiers des clauses de location de la chasse excluent très généralement les fins de semaine. Les préfets peuvent aussi définir, dans leur arrêté d’ouverture, un ou plusieurs jours sans chasse dans leur département. Certaines communes vont plus loin : dans trois communes des Yvelines, la chasse n’est ainsi autorisée que le dimanche et les jours fériés, à quelques exceptions près.
| Type de forêt | Qui fixe les jours de chasse | Où trouver l’information |
|---|---|---|
| Forêt domaniale | Office national des forêts, selon les lots de chasse | Calendriers affichés en forêt, en mairie et en ligne sur le site de l’ONF |
| Autres bois et forêts | Associations et sociétés de chasse locales | Fédération départementale des chasseurs, ACCA ou société de chasse, panneaux |
| Tout le département | Préfet, par l’arrêté d’ouverture | Préfecture, fédération départementale des chasseurs |
Lire les signes d’une chasse en cours
Une battue se repère souvent avant d’entrer dans la forêt. Les voitures de chasseurs garées en nombre à l’entrée d’un chemin, les remorques à chiens, les aboiements de meute et les coups de feu sont autant d’indices. Les panneaux, eux, ne sont obligatoires partout en France que pour les battues au grand gibier, précise la Fédération française de randonnée.
Leur portée varie d’un endroit à l’autre. Sur un chemin ouvert au public, un panneau de chasse en cours appelle avant tout à la vigilance, sans interdire l’accès. Mais certaines forêts très fréquentées ferment purement et simplement leurs zones de battue au public pendant la journée : c’est le cas, dans les Yvelines, des massifs où l’accès est fermé de 9 heures à 18 heures les jours de chasse, avec des panneaux « chasse en cours ». Dans tous les cas, la consigne la plus sûre est la même : faire demi-tour, ou contourner largement la zone.
La meilleure protection d’un promeneur en saison de chasse tient en deux mots : être vu, être entendu.
Se rendre visible et audible
Les règles de sécurité départementales imposent aux chasseurs le port de vêtements de couleur vive, généralement orange, et les contrôles de l’Office français de la biodiversité portent notamment sur ce point. Pour les promeneurs, rien n’est obligatoire, mais les mêmes couleurs protègent. La Fédération française de randonnée conseille de porter des couleurs vives et recommande un gilet jaune, ne serait-ce que posé sur le sac à dos. Une clochette ou un sifflet permettent de signaler sa présence en cas de danger.
Sans information préalable, quelques réflexes réduisent le risque : rester sur les sentiers balisés et les secteurs fréquentés, de préférence en terrain dégagé, éviter l’aube et le crépuscule, moments où la chasse est la plus probable, et se faire entendre en parlant normalement. Si l’on tombe sur une battue, la Fédération française de randonnée conseille de se signaler calmement à un chasseur et de lui demander l’étendue et la durée de la chasse, la présence d’autres tireurs et de chiens, et la conduite à tenir. Si des chiens aboient en menant le gibier, mieux vaut s’arrêter et attendre qu’ils s’éloignent.
Pour les promeneurs accompagnés d’un chien, la vigilance est double : un chien qui court dans les fourrés peut être confondu avec un animal, ou se lancer sur la trace du gibier. Le garder en laisse en saison de chasse est la solution la plus sûre. La promenade terminée, une inspection soigneuse s’impose aussi pour une autre raison : les tiques encore actives en octobre guettent dans les mêmes fougères.
Combien d’accidents, et pourquoi
Les accidents graves impliquant des promeneurs sont rares, mais ils existent, et chacun marque durablement les esprits. Selon l’Office français de la biodiversité, la saison 2024-2025 a été marquée par une augmentation des accidents et des incidents par rapport aux années précédentes, avec 11 chasseurs tués, contre 6 lors des deux saisons précédentes, le chiffre le plus élevé depuis la saison 2019-2020. Tous les accidents mortels de cette saison ont eu lieu lors de chasses au grand gibier.
L’établissement souligne que ce rebond ne remet pas en cause la tendance de fond : la chasse est aujourd’hui deux fois moins accidentogène qu’il y a vingt ans, avec une diminution des accidents de 54 %. Pour la très grande majorité, les accidents résultent de fautes humaines liées au non-respect des règles élémentaires de sécurité : non-respect des angles de 30 degrés, qui délimitent les secteurs où le tir est interdit autour des autres chasseurs, mauvaise manipulation des armes, armes chargées dans les véhicules, tirs en direction des routes, des habitations ou des chemins de randonnée.
Ces règles de sécurité sont fixées dans chaque département par le schéma départemental de gestion cynégétique, devenu obligatoire sur ce point depuis une loi de 2008, et leur non-respect est sanctionné. Lors d’une opération de contrôle menée dans les Hautes-Alpes les 15 et 16 novembre 2025, l’Office français de la biodiversité a ainsi contrôlé 83 chasseurs et relevé quatre infractions, toutes liées à des armes chargées sur la route ou dans un véhicule en déplacement. Pour le promeneur, la leçon est simple : connaître les jours de chasse de sa forêt, choisir des couleurs vives et des chemins fréquentés, et ne pas hésiter à changer d’itinéraire quand une battue est annoncée.
Questions fréquentes
La chasse est-elle interdite certains jours de la semaine ?
Pas au niveau national : depuis la levée de l'interdiction du mercredi en 2003, la chasse est en principe autorisée tous les jours pendant la saison. Les préfets peuvent toutefois fixer un ou plusieurs jours sans chasse dans leur département, et dans les forêts domaniales périurbaines, la chasse exclut très généralement les fins de semaine.
Un panneau « chasse en cours » interdit-il le passage ?
Sur un chemin ouvert au public, un panneau de chasse en cours appelle avant tout à la vigilance, rappelle la Fédération française de randonnée. Certaines forêts ferment cependant leurs zones de battue au public pendant la journée. La consigne la plus sûre reste de faire demi-tour ou de contourner largement la zone signalée.
Comment savoir si une battue a lieu dans la forêt où je veux me promener ?
L'Office national des forêts publie chaque année les calendriers des jours de chasse en forêt domaniale, affichés en forêt et diffusés en mairie. Certaines fédérations départementales et certains départements proposent aussi des applications qui signalent les battues en cours.
Faut-il porter un gilet orange pour se promener en forêt en automne ?
Ce n'est pas obligatoire pour les promeneurs, mais c'est vivement conseillé. Les règles de sécurité imposent aux chasseurs des vêtements de couleur vive, et un gilet orange ou jaune, même posé sur le sac à dos, rend un promeneur beaucoup plus visible entre les arbres.
Sources
- Assemblée nationale, question écrite n° 41373 de M. Bernard Lesterlin et réponse du ministère de l'Écologie publiée au JO le 11 mars 2014
- Office français de la biodiversité, communiqué de presse « La sécurité à la chasse au cœur d'une vaste opération multiservices », Gap, 20 novembre 2025
- Fédération française de randonnée, « Randonnée en période de chasse : la prudence est de mise ! », 11 septembre 2023
- Infosyvelines, « Yvelines : le sanglier bientôt chassable presque toute l'année, ce que change le nouvel arrêté », 4 septembre 2026