Pourquoi a-t-on le hoquet et quelles méthodes l'arrêtent vraiment selon la science
Ce réflexe absurde a peut-être une fonction, et la plupart des remèdes de grand-mère reposent sur un principe physiologique bien réel.
Charles Osborne, fermier de l’Iowa, a hoqueté sans interruption de 1922 à 1990. Soixante-huit ans, à une fréquence qui a fini par tomber à une vingtaine de secousses par minute. Il a appris à parler entre deux contractions, s’est marié deux fois, a eu huit enfants. Le hoquet s’est arrêté un an avant sa mort, sans raison identifiable. Son cas, homologué au Guinness, dit à lui seul l’étrangeté de ce réflexe : un mécanisme banal qui nous traverse tous, mais que la médecine peine encore à expliquer entièrement.
La plupart du temps, l’épisode dure quelques minutes et disparaît tout seul. Reste qu’on ne sait jamais trop quoi faire pendant qu’il dure, et qu’on essaie au hasard des recettes glanées un peu partout. Certaines sont du folklore pur. D’autres reposent sur une logique physiologique parfaitement défendable.
Que se passe-t-il dans le corps quand on hoquette ?
Le hoquet n’est pas un problème de gorge ni d’estomac, contrairement à l’intuition. Tout part du diaphragme, ce large muscle en forme de coupole qui sépare le thorax de l’abdomen et orchestre la respiration. Lors d’un hoquet, le diaphragme se contracte brusquement et involontairement. On aspire alors un coup d’air, mais à peine 35 millisecondes plus tard, la glotte — l’ouverture entre les cordes vocales — se referme sèchement. C’est ce claquement qui produit le « hic » caractéristique.
Le terme médical, myoclonie phrénoglottique, décrit exactement cette séquence. Le chef d’orchestre, c’est un arc réflexe qui implique trois nerfs : le nerf phrénique (qui commande le diaphragme), le nerf vague et la chaîne sympathique. Le tronc cérébral coordonne l’ensemble. Quand l’un de ces nerfs est irrité ou stimulé de façon anormale, le réflexe s’emballe et se met à tourner en boucle.
D’où le déclenchement par des causes très variées et apparemment sans lien : un repas avalé trop vite, une boisson gazeuse, un fou rire, un changement brutal de température, l’alcool, le stress, ou simplement de l’air dégluti en mangeant. Tous ces facteurs ont un point commun : ils distendent l’estomac ou irritent le trajet du nerf vague, qui passe juste à côté.
À quoi sert le hoquet, au juste ?
C’est la question qui agace les chercheurs. Un réflexe aussi conservé à travers les espèces a généralement une utilité, mais celle du hoquet reste spéculative. L’hypothèse la plus séduisante est évolutive. Les fœtus hoquettent énormément dès la onzième semaine de grossesse, bien avant de respirer. Une équipe de l’University College de Londres a montré en 2019 que chaque contraction de hoquet chez le nouveau-né prématuré déclenche une onde d’activité dans le cortex cérébral. Le réflexe servirait à câbler le cerveau pour qu’il apprenne à contrôler les muscles respiratoires.
Une autre piste remonte plus loin encore, jusqu’à nos ancêtres aquatiques. La séquence contraction du diaphragme suivie de fermeture de la glotte ressemble étrangement au mouvement qu’utilisent les têtards et certains amphibiens pour pomper l’eau à travers leurs branchies tout en empêchant l’eau d’entrer dans les poumons naissants. Le hoquet serait un vestige neurologique de cette plomberie ancienne.
« Le hoquet est probablement l’un de ces réflexes que l’évolution n’a jamais pris la peine de supprimer, parce qu’il ne coûte presque rien et qu’il a peut-être encore une fonction utile chez le tout-petit. »
Chez l’adulte en bonne santé, il n’a sans doute plus aucune raison d’être. Un bug héréditaire, en somme. Le hoquet rejoint ainsi cette famille de réflexes involontaires que l’on partage tous, au même titre que la secousse hypnique qui nous fait sursauter au moment de l’endormissement.
Pourquoi les remèdes de grand-mère fonctionnent-ils parfois ?
Retenir sa respiration, boire un verre d’eau d’un trait, avaler une cuillère de sucre, se faire faire peur : ces recettes ne sont pas que des superstitions. Elles partagent toutes un mécanisme commun. Soit elles augmentent le taux de dioxyde de carbone dans le sang, ce qui semble inhiber le réflexe du hoquet ; soit elles stimulent le nerf vague ou le nerf phrénique de façon à court-circuiter la boucle réflexe.
Retenir son souffle ou respirer dans un sac en papier fait grimper le CO2 sanguin. Boire de l’eau froide rapidement, avaler du sucre granulé, presser ses globes oculaires ou stimuler le fond de la gorge agissent, eux, par la voie nerveuse. Le sucre, par exemple, déclenche une avalanche de signaux sensoriels qui « occupent » le nerf vague. La peur soudaine, quant à elle, mobilise le système nerveux sympathique et peut interrompre la séquence — encore faut-il qu’elle soit réellement surprenante, ce qui en limite l’usage pratique.
Voici les manœuvres dont l’effet repose sur une base physiologique cohérente :
- Boire un grand verre d’eau froide d’un seul trait, en penchant éventuellement la tête en avant : combine déglutition répétée et stimulation vagale.
- Avaler une cuillère à café de sucre sec ou croquer une tranche de citron : forte stimulation sensorielle de l’arrière-gorge.
- Retenir sa respiration 10 à 20 secondes, plusieurs fois : élève le CO2.
- La manœuvre de Valsalva : inspirer, se pincer le nez et souffler bouche fermée, comme pour déboucher ses oreilles en avion.
Aucune n’est garantie. Mais comme un épisode typique passe de toute façon en quelques minutes, ces gestes ont surtout le mérite de raccourcir l’attente — et l’effet placebo joue à plein.
Existe-t-il une méthode validée par la recherche ?
Oui, et elle a un nom barbare : la manœuvre supra-supramaximale d’inspiration. Le principe : expirer complètement pour vider les poumons, puis inspirer le plus fort possible, retenir cinq secondes, puis aspirer encore un peu d’air sans expirer, retenir encore cinq secondes, recommencer une troisième fois, puis souffler. L’idée est de bloquer le diaphragme en position basse et tendue, ce qui empêche mécaniquement le spasme de se reproduire. Plusieurs cliniciens rapportent un taux de réussite élevé en une seule séquence.
Un dispositif a aussi fait parler de lui : un gobelet rigide à valve, breveté sous le nom de forced inspiratory suction and swallow tool. Boire de l’eau à travers cette valve oblige à aspirer fort tout en avalant, stimulant simultanément les nerfs phrénique et vague. Une étude publiée en 2021 dans JAMA Network Open rapportait une efficacité perçue dans près de 90 % des cas chez les participants. L’échantillon restait modeste, mais le principe est solide et reproductible chez soi avec un peu de débrouille.
Quand le hoquet devient-il un signal d’alarme ?
La règle est simple : un hoquet qui dure plus de 48 heures s’appelle un hoquet persistant, et au-delà d’un mois, un hoquet réfractaire. Là, on ne parle plus de désagrément mais de symptôme. Le réflexe peut être irrité par n’importe quoi le long du trajet nerveux : un reflux gastro-œsophagien, une hernie hiatale, une irritation du tympan par un cheveu, une infection thoracique, certains médicaments, plus rarement une atteinte neurologique ou une tumeur comprimant le nerf phrénique.
Dans ces cas, on ne court pas à la pharmacie chercher du sucre. Une consultation s’impose, et le traitement vise la cause. Des médicaments comme le baclofène, la gabapentine ou certains neuroleptiques sont parfois prescrits pour calmer un hoquet rebelle. Charles Osborne, lui, avait consulté les plus grands spécialistes du Mayo Clinic : aucun n’a jamais réussi à l’arrêter. Une exception qui rappelle, au fond, à quel point ce petit réflexe garde une part de mystère.
Questions fréquentes
Pourquoi le hoquet revient-il toujours après un repas copieux ?
Un estomac très rempli ou distendu appuie sur le diaphragme et irrite le nerf vague, qui passe juste à côté. Manger trop vite fait aussi avaler de l'air, ce qui amplifie cette distension. Les boissons gazeuses et l'alcool aggravent encore le phénomène en stimulant la même zone.
Le hoquet du bébé dans le ventre de la mère est-il normal ?
Tout à fait. Les fœtus hoquettent dès la onzième semaine de grossesse, souvent plusieurs fois par jour. Loin d'être inquiétant, ce réflexe participerait au développement du cerveau et à l'apprentissage du contrôle des muscles respiratoires avant la naissance.
Quelle est la méthode la plus rapide pour stopper un hoquet ?
La manœuvre supra-supramaximale d'inspiration donne de bons résultats : vider les poumons, inspirer à fond, retenir cinq secondes, aspirer encore, retenir, recommencer une fois, puis souffler. Boire de l'eau froide d'un trait en penchant la tête fonctionne aussi pour beaucoup de gens.
Faut-il s'inquiéter d'un hoquet qui dure plusieurs jours ?
Oui. Au-delà de 48 heures, on parle de hoquet persistant, qui peut signaler un reflux, une irritation nerveuse ou un autre problème médical sous-jacent. Une consultation est alors recommandée pour en identifier la cause plutôt que d'attendre qu'il passe.