Ivermectine, mébendazole, fenbendazole contre le cancer : ce que disent vraiment les études sur ces antiparasitaires

Sur les réseaux sociaux, des vermifuges sont présentés comme des remèdes miracles contre le cancer. Les études existent, mais elles portent sur des cellules et des souris. Chez l'humain, aucune efficacité n'a été démontrée, et les risques sont réels.

Chercheuse observant des cultures cellulaires au microscope dans un laboratoire, des boîtes de Petri posées sur la paillasse.
Image Omni-Vision

Le témoignage tourne en boucle sur les réseaux sociaux : un patient condamné par ses médecins aurait vu sa tumeur disparaître après avoir avalé un vermifuge, parfois destiné aux animaux. Les commentaires s’enflamment, des liens d’achat circulent, des malades et leurs proches s’interrogent. Et si la solution était là, bon marché, et volontairement ignorée ?

Le sujet touche des personnes en grande détresse, ce qui le rend d’autant plus sensible. Le service public d’information en santé, Santé.fr, a fait le point en avril 2026, avec la relecture de l’Agence nationale de sécurité du médicament et d’un oncologue de l’Institut national du cancer. Sa conclusion est nette : aucun de ces médicaments n’a démontré la moindre efficacité contre le cancer chez l’humain.

Des médicaments contre les vers, la gale et les maladies tropicales

Les molécules en question sont des antiparasitaires : l’ivermectine, le mébendazole, l’albendazole et le fenbendazole. Selon Santé.fr, elles sont utilisées pour traiter les vers intestinaux, la gale et certaines maladies tropicales. Ce sont des médicaments utiles, efficaces dans leurs indications.

Leur intérêt supposé contre le cancer vient de leur mode d’action. Le mébendazole bloque les microtubules, des structures indispensables à la division des cellules. L’ivermectine perturbe le système nerveux des parasites. Or certains de ces mécanismes existent aussi dans des cellules humaines, y compris des cellules cancéreuses, qui se divisent sans contrôle. C’est ce qui a conduit des chercheurs à tester ces molécules sur des cellules tumorales.

Des résultats en laboratoire, pas chez l’humain

Des études ont effectivement été publiées. Santé.fr en cite plusieurs, qui ont toutes un point commun : elles ont été menées sur des cellules en culture ou chez l’animal.

MoléculeÉtudeCe qui a été observé
IvermectineBiomedicine & Pharmacotherapy, 2020Pourrait freiner la croissance de cellules cancéreuses et limiter les métastases, en laboratoire
MébendazoleCancers, 2019Pourrait bloquer la division des cellules tumorales dans des modèles expérimentaux
FenbendazoleScientific Reports, 2018Pourrait perturber l’apport d’énergie des cellules cancéreuses

Ces résultats sont intéressants pour la recherche, mais ils ne permettent pas de conclure. Une molécule qui tue des cellules cancéreuses dans une boîte de laboratoire peut se révéler inefficace, ou toxique, dans un organisme entier. De très nombreuses pistes prometteuses au stade du laboratoire n’aboutissent jamais à un traitement.

Tuer des cellules cancéreuses dans une boîte de Petri n’est pas guérir un cancer : entre les deux, il manque des années d’essais chez l’humain.

Aucun essai clinique concluant

C’est le cœur du problème. Selon Santé.fr, les antiparasitaires évoqués n’ont pas dépassé la première étape du développement d’un médicament, la phase préclinique. Il n’existe pas d’essai clinique démontrant leur efficacité contre le cancer. Résultat : on ne connaît ni la posologie adaptée, ni l’efficacité réelle, ni les effets indésirables à long terme d’un tel usage.

Le développement d’un médicament anticancéreux suit pourtant un chemin balisé, avec des essais successifs chez l’humain pour vérifier la tolérance, trouver la bonne dose, puis comparer le traitement à ceux qui existent déjà. Les antiparasitaires n’ont franchi aucune de ces étapes pour le cancer. Les témoignages qui circulent en ligne ne remplacent pas ces essais : ils ne disent rien des malades pour qui cela n’a pas marché, ni des autres traitements reçus en parallèle.

Un précédent : l’ivermectine et le Covid-19

Ce n’est pas la première fois que l’ivermectine est présentée comme un remède miracle. Au début de l’année 2021, elle circulait déjà largement en ligne comme traitement possible du Covid-19. L’Inserm avait alors analysé les arguments avancés, dans un article de sa série Canal Détox publié le 26 janvier 2021.

Le scénario était très proche. La plupart des études mises en avant étaient des prépublications, non relues par des pairs, ou présentaient des biais méthodologiques. L’activité antivirale observée en laboratoire avait été obtenue sur des cellules de singe dépourvues de certains mécanismes de défense humains, ce qui ne permettait pas de conclure pour l’humain. D’autres analyses suggéraient qu’il faudrait des doses jusqu’à cent fois supérieures à la dose autorisée pour atteindre des concentrations efficaces dans le sang, avec des questions évidentes de tolérance. L’Inserm concluait que l’ivermectine n’était autorisée dans le traitement d’aucune infection virale, et qu’elle ne devait pas être utilisée contre le Covid-19 en dehors d’essais cliniques.

L’histoire se répète avec le cancer : des résultats de laboratoire réels, mais préliminaires, transformés en promesse de guérison par des témoignages en ligne. Et comme pour le Covid-19, ce sont les essais cliniques, et eux seuls, qui permettront de trancher.

Des risques bien réels

Ces médicaments ne sont pas anodins. Selon Santé.fr, l’Agence européenne des médicaments met en garde contre l’usage de l’ivermectine en dehors d’un cadre validé. Les effets indésirables possibles incluent des troubles neurologiques, une baisse de la tension artérielle et des convulsions. Une étude de cas publiée en 2021 décrit une patiente atteinte d’un cancer du poumon qui, après avoir pris du fenbendazole, a développé une atteinte sévère du foie.

Utilisés hors cadre médical, à des doses improvisées, ces produits exposent à des surdosages et à des atteintes du foie, de la peau et du système nerveux. Le fenbendazole, souvent mis en avant dans les témoignages, n’est pas destiné aux humains, ce qui ajoute une incertitude sur les doses et la qualité des produits achetés.

Le danger le plus grave est pourtant ailleurs. Selon Santé.fr, ces discours peuvent conduire des patients à retarder, refuser ou interrompre des traitements validés, avec des conséquences parfois graves, voire mortelles. Un cancer pris en charge tôt n’a pas le même pronostic qu’un cancer laissé évoluer pendant des mois.

Les traitements qui ont fait leurs preuves

Les cancers causent environ 10 millions de décès par an dans le monde, dont plus de 164 000 en France, rappelle Santé.fr. Face à ces maladies, la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie restent les approches dont l’efficacité a été démontrée, auxquelles s’ajoutent d’autres traitements validés selon les cancers. La recherche continue, et c’est justement par des essais cliniques rigoureux que de nouvelles molécules, y compris d’anciens médicaments réutilisés, pourront un jour faire leurs preuves.

En attendant, le message est simple : ne pas utiliser ces médicaments en dehors d’un cadre médical, et ne jamais retarder, refuser ou interrompre un traitement anticancéreux validé. Un patient tenté par une piste trouvée en ligne a tout intérêt à en parler à son oncologue, qui peut répondre à ses questions et, le cas échéant, l’orienter vers un essai clinique. Comme pour les peptides vantés sur les réseaux sociaux ou la spiruline, une promesse spectaculaire qui n’a jamais été testée chez l’humain doit inspirer la prudence.

Questions fréquentes

L'ivermectine soigne-t-elle le cancer ?

Non, aucune efficacité contre le cancer n'a été démontrée chez l'humain. Des études en laboratoire suggèrent que l'ivermectine pourrait freiner la croissance de cellules cancéreuses, mais ces résultats n'ont été obtenus que sur des cellules ou chez l'animal. Aucun essai clinique ne montre qu'elle soigne un cancer.

Le fenbendazole est-il dangereux ?

Pris hors cadre médical, il expose à des risques. Une étude de cas publiée en 2021 décrit une patiente atteinte d'un cancer du poumon qui a développé une atteinte sévère du foie après avoir pris du fenbendazole. Les doses adaptées et les effets indésirables de ces molécules contre le cancer ne sont pas connus.

Pourquoi des chercheurs s'intéressent-ils aux antiparasitaires contre le cancer ?

Parce que certains de leurs mécanismes d'action existent aussi dans des cellules humaines. Le mébendazole bloque par exemple les microtubules, des structures nécessaires à la division cellulaire. Cela a motivé des recherches, qui n'ont pas dépassé le stade préclinique.

Que faire si un proche veut arrêter sa chimiothérapie pour un traitement trouvé en ligne ?

En parler avec son équipe médicale, sans jugement. Selon Santé.fr, ces discours peuvent conduire des patients à retarder, refuser ou interrompre des traitements validés, avec parfois des conséquences graves, voire mortelles. La chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie restent les approches dont l'efficacité est démontrée.

Sources

  • Santé.fr, Service public d'information en santé, « Les antiparasitaires comme l'ivermectine ou le mébendazole peuvent-ils vraiment traiter le cancer ? », 7 avril 2026, relu par l'ANSM et l'Institut national du cancer
  • Inserm, Canal Détox, « L'ivermectine, nouveau traitement « miracle » contre la Covid-19, vraiment ? », 26 janvier 2021

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