Écrans et enfants : à quel âge une tablette, un téléphone, les réseaux sociaux ? Les repères officiels âge par âge
Pas d'écran avant 3 ans, même en fond sonore. Un smartphone connecté vers 13 ans, pas de réseaux sociaux avant 15 ans. Depuis 2025, ces repères figurent dans le carnet de santé de chaque enfant. Ce qu'ils disent, et pourquoi.
Au restaurant, un enfant de deux ans fixe une tablette posée contre la carafe pendant que ses parents dînent. Dans la salle d’attente du pédiatre, un autre fait défiler des vidéos sur le téléphone de sa mère. Les écrans se sont glissés partout, jusque dans les mains des plus petits, souvent pour acheter quelques minutes de calme. Et beaucoup de parents se demandent, un peu coupables, à partir de quand c’est vraiment un problème.
Depuis 2025, la réponse officielle tient dans le carnet de santé. Des repères d’âge, tirés du rapport d’experts Enfants et écrans remis en avril 2024, y figurent désormais pour chaque enfant né en France. Le ministère de la Santé les détaille, avec les risques qu’ils visent à limiter.
Ce que les écrans font aux enfants
Les chiffres d’usage sont élevés. Selon Santé publique France, cité par le ministère, les 6-17 ans passent en moyenne plus de quatre heures par jour devant les écrans. Le temps passé n’est pas le seul enjeu : ce qui compte aussi, c’est ce que l’écran remplace, et ce qu’il montre.
Le ministère distingue plusieurs familles de risques. Pour la santé physique, une dégradation de la durée et de la qualité du sommeil, une baisse de l’activité physique et des troubles de la vue, comme la myopie. Pour le développement des tout-petits, une diminution des échanges avec les adultes, qui peut freiner l’acquisition du langage, l’attention et les compétences émotionnelles et sociales. Le ministère parle de « technoférences » pour désigner ces interactions parents-enfants interrompues par les écrans. Pour la santé mentale, enfin, l’exposition à des contenus violents, haineux ou pornographiques et les mécanismes de captation de l’attention peuvent peser sur l’estime de soi et favoriser stress, anxiété, dépression ou troubles du comportement.
Un écran devant un tout-petit, ce n’est pas seulement une image de plus : c’est souvent une conversation, un jeu ou un regard de moins.
Le sommeil est l’un des effets les plus documentés. La lumière des écrans le soir et l’excitation des contenus retardent l’endormissement, un mécanisme que nous expliquions à propos de la lumière bleue. Or le sommeil est essentiel à la croissance et aux apprentissages.
Les repères âge par âge
Les recommandations officielles suivent une progression, de l’interdiction totale à l’autonomie accompagnée.
| Âge | Repère officiel |
|---|---|
| Avant 3 ans | Pas d’écran, même en fond sonore ; les parents limitent leur propre usage devant l’enfant |
| De 3 à 6 ans | Usage exceptionnel, contenus éducatifs, toujours avec un adulte |
| À partir de 6 ans | Premiers appareils possibles, avec un suivi parental renforcé, des règles et des pauses |
| À partir de 9 ans | Accès à internet sur des appareils partagés, accompagné |
| Vers 11 ans | Téléphone sans accès à internet à l’entrée au collège |
| Vers 13 ans | Smartphone connecté |
| Avant 15 ans | Pas de réseaux sociaux |
L’interdiction avant 3 ans est la plus stricte. Elle vaut aussi pour la télévision allumée en fond sonore, que l’enfant ne regarde pas directement mais qui capte l’attention de tous. Entre 3 et 6 ans, le jeu libre et les interactions humaines restent prioritaires. Les étapes suivantes visent à retarder l’accès à un internet sans filtre, et surtout aux réseaux sociaux, que le ministère déconseille avant 15 ans. Une majorité numérique à 15 ans fait d’ailleurs l’objet de réflexions au niveau européen. Même au-delà, l’usage doit rester accompagné.
Crèches, assistantes maternelles, écoles : les règles collectives
Les règles ne concernent pas seulement la maison. Un arrêté du 27 juin 2025 interdit l’exposition aux écrans des enfants de 0 à 3 ans dans les lieux d’accueil du jeune enfant, comme les crèches. À l’école et au collège, l’usage des téléphones portables et autres équipements de communication est interdit par le Code de l’éducation.
L’école accompagne aussi l’apprentissage du numérique. Le ministère cite le Passeport internet, une sensibilisation proposée dès le CM1, et la certification des compétences numériques, généralisée en sixième depuis 2024.
Des repères, pas un contrôle
Ces repères n’ont pas de valeur contraignante à la maison : aucun parent ne sera sanctionné pour une tablette prêtée à un enfant de deux ans. Ils traduisent un consensus d’experts, repris par les autorités de santé, sur ce qui protège le mieux le développement des enfants. Leur inscription dans le carnet de santé vise à ce que chaque famille les ait sous les yeux, et que les professionnels de santé puissent en parler lors des consultations de suivi.
Le ministère insiste aussi sur la dimension éducative. Il cite le label « P@rents, parlons numérique », porté par l’Union nationale des associations familiales, qui soutient les projets d’accompagnement des familles, et des ressources consacrées aux compétences psychosociales, ces capacités à gérer ses émotions, à résister à la pression des pairs ou à exercer son esprit critique, qui aident les enfants à prendre de la distance face aux contenus et aux sollicitations des écrans.
Les conseils pratiques aux parents
Les repères d’âge s’accompagnent de conseils simples. Le ministère recommande de respecter les âges indiqués pour les films et les jeux vidéo, de limiter chaque utilisation à un objectif et une durée précis, et d’éviter les écrans pendant les repas, dans la chambre, au réveil et pendant l’heure qui précède le coucher.
| Moment ou lieu | Recommandation |
|---|---|
| Repas | Pas d’écran |
| Chambre de l’enfant | Pas d’écran |
| Réveil | Pas d’écran |
| Heure avant le coucher | Pas d’écran |
| Usage autorisé | Objectif et durée définis, de préférence partagé avec un adulte |
Partager des moments d’écran avec l’enfant, plutôt que de le laisser seul, permet de discuter de ce qu’il regarde et de repérer ce qui le trouble. Et l’exemple compte : un parent qui consulte sans cesse son téléphone devant son enfant rend les règles difficiles à faire respecter. Les adultes aussi ressentent les effets d’un usage prolongé, comme la fatigue des yeux devant un écran.
Plusieurs ressources existent pour être accompagné. Le site jeprotegemonenfant.gouv.fr propose des fiches pratiques et des repères par âge. Le 3018, ligne d’écoute gratuite et confidentielle joignable tous les jours de 9 heures à 23 heures, aide les familles face au cyberharcèlement, aux contenus choquants ou à un usage excessif. Il est aussi accessible par une application, pratique pour les adolescents qui hésitent à téléphoner. Les repères ne sont pas des interdits absolus à faire respecter coûte que coûte, mais un cap : retarder, accompagner, et laisser aux enfants le temps de jouer, de parler et de dormir.
Questions fréquentes
Pourquoi pas d'écran avant 3 ans ?
Chez les tout-petits, les écrans réduisent les échanges avec les adultes, indispensables au développement. Selon le ministère de la Santé, cela peut freiner le langage, l'attention et les compétences émotionnelles et sociales. Les repères officiels proscrivent donc les écrans avant 3 ans, y compris en fond sonore, et invitent les parents à limiter leur propre usage devant l'enfant.
À quel âge donner un téléphone portable à un enfant ?
Selon les repères officiels, un téléphone sans accès à internet peut être envisagé vers 11 ans, à l'entrée au collège, et un smartphone connecté vers 13 ans. Les réseaux sociaux sont déconseillés avant 15 ans, et leur usage doit rester accompagné au-delà.
Combien de temps d'écran entre 3 et 6 ans ?
Les repères officiels ne fixent pas de durée précise, mais recommandent un usage exceptionnel entre 3 et 6 ans, limité à des contenus éducatifs et supervisé par un adulte. Le jeu libre et les interactions avec les adultes et les autres enfants restent à privilégier.
Les écrans perturbent-ils le sommeil des enfants ?
Oui. Le ministère de la Santé cite parmi les risques une dégradation de la durée et de la qualité du sommeil. Il conseille d'éviter les écrans dans la chambre, pendant les repas, au réveil et pendant l'heure qui précède le coucher.
Sources
- Ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, « Écrans : des risques pour la santé physique et mentale des enfants, un accompagnement nécessaire », solidarites.gouv.fr, 2 juillet 2025, mis à jour le 31 mars 2026