Pourquoi les oreilles se bouchent en avion à la descente et comment les déboucher
L'avion amorce sa descente vers la piste. D'abord une gêne sourde, comme si l'on avait du coton dans les oreilles ; puis le son du monde s'éloigne, la voix du voisin semble filtrée, et parfois une pointe désagréable s'installe au fond du conduit. On déglutit, on bâille en grand, et d'un coup un petit « clac » libère tout. Que se passe-t-il, exactement, dans nos oreilles à ce moment-là ?
Le commandant annonce le début de la descente, la cabine s’incline doucement, et le rituel commence. D’abord une gêne feutrée, comme un bouchon de coton qui s’installe au fond de l’oreille. Puis les sons perdent leur relief, la voix de l’hôtesse semble venir d’une pièce voisine, et parfois une pointe franchement désagréable pince le conduit. On avale sa salive une fois, deux fois, on ouvre grand la bouche, et soudain un petit « clac » remet tout d’aplomb, le monde retrouve son volume. Ce mécanisme si banal cache une jolie mécanique de plomberie interne, celle qui règle en permanence la pression de nos oreilles.
Car le vrai sujet, ici, n’est pas le son : c’est la pression. L’oreille bouchée en avion n’a rien à voir avec un excès de bruit ou de cire. Elle vient d’un déséquilibre entre l’air enfermé au fond de votre oreille et l’air de la cabine, qui, lui, change quand l’appareil monte et descend. Comprendre ce petit combat entre deux poches d’air, c’est comprendre du même coup pourquoi ça coince, et comment le régler en trois secondes.
Un tympan tendu entre deux pressions
Pour saisir ce qui se joue, il faut regarder le tympan. Cette fine membrane, à peine plus grande qu’un ongle, ferme le conduit auditif et sépare deux compartiments : d’un côté, l’oreille externe, ouverte sur l’extérieur et donc à la pression de l’air ambiant ; de l’autre, l’oreille moyenne, une petite cavité close remplie d’air, tapissée de muqueuse, où logent les minuscules osselets qui transmettent les vibrations sonores.
Tant que la pression est identique de part et d’autre, le tympan reste souple, bien tendu, libre de vibrer au moindre son. Mais dès que les deux pressions divergent, la membrane est poussée d’un côté. Trop d’air à l’extérieur, elle s’enfonce vers l’intérieur ; trop d’air à l’intérieur, elle bombe vers l’extérieur. Dans les deux cas, elle se raidit, vibre moins bien, d’où cette sensation d’oreille « bouchée » et de sons étouffés, et, si l’écart grandit, elle finit par faire mal. Un tympan sous tension, c’est une peau de tambour qu’on aurait détendue ou trop tirée : elle ne sonne plus juste.
En avion, cet écart apparaît vite. La cabine est pressurisée, mais pas à la pression du sol : en croisière, elle correspond à peu près à l’atmosphère qu’on trouverait à 1 800 ou 2 400 mètres d’altitude. La pression de l’air que vous respirez varie donc franchement entre le décollage, la croisière et l’atterrissage. L’air enfermé dans votre oreille moyenne, lui, ne demande qu’une chose : se mettre au diapason. Encore faut-il qu’il en ait le chemin.
La trompe d’Eustache, une soupape capricieuse
Ce chemin existe, et il porte un nom : la trompe d’Eustache. C’est un fin conduit, long de trois à quatre centimètres, qui relie l’oreille moyenne au fond du nez, juste au-dessus du voile du palais. Son rôle est précisément d’égaliser les pressions : quand il s’ouvre, il laisse passer un peu d’air entre la gorge et l’oreille, si bien que la poche interne se remet à la pression ambiante et que le tympan se détend.
Le hic, c’est que cette trompe est fermée au repos. Ses parois molles restent collées la plupart du temps, et elle ne s’entrouvre que par à-coups, lors de certains mouvements musculaires précis de la gorge : quand on avale, quand on bâille, quand on mâche. Chaque déglutition actionne de petits muscles qui tirent sur son orifice et le décollent un instant, le temps qu’une bouffée d’air passe. C’est exactement ce petit « clac » que l’on entend quand l’oreille se débouche : la soupape qui s’ouvre et laisse l’air rétablir l’équilibre.
Nos oreilles ne se bouchent pas parce que l’avion monte ou descend, mais parce qu’une minuscule valve dans notre gorge n’a pas eu le temps de s’ouvrir. Tout le confort du voyage tient à ces quelques millimètres de conduit.
Voilà pourquoi le simple fait de bâiller à grande bouche débouche si souvent les oreilles d’un coup : le bâillement étire au maximum les muscles qui commandent la trompe et l’ouvre en grand. La déglutition, la mastication d’un chewing-gum ou la succion d’un bonbon jouent sur le même levier, en douceur et en répétition.
Pourquoi ça coince surtout à l’atterrissage
Reste une asymétrie que tout voyageur a remarquée : les oreilles se débouchent presque toutes seules à la montée, mais elles s’entêtent à la descente. Ce n’est pas un hasard, et cela tient au sens dans lequel l’air doit circuler.
À la montée, la cabine se dépressurise : l’air enfermé dans l’oreille moyenne se retrouve, momentanément, en surpression par rapport à l’extérieur. Or l’air « en trop » n’a aucun mal à forcer le passage vers la gorge, il pousse la trompe de l’intérieur et s’échappe presque spontanément, par petits craquements, sans qu’on ait à faire quoi que ce soit. La soupape se laisse ouvrir dans le bon sens.
À la descente, tout s’inverse. La pression de la cabine remonte, l’air ambiant devient plus dense que celui de l’oreille, et le tympan se retrouve aspiré vers l’intérieur. Pour compenser, il faudrait faire entrer de l’air dans l’oreille moyenne, mais cette fois on demande à la trompe de s’ouvrir contre la pression, ce qu’elle rechigne à faire. Ses parois molles ont tendance à rester plaquées, et si l’on ne l’aide pas activement, le déséquilibre grandit et la gêne se transforme en douleur. C’est là, dans les dernières minutes du vol, que les gestes comptent, et c’est aussi pourquoi il vaut mieux ne pas dormir profondément pendant la descente, car en sommeil on ne déglutit presque plus.
Les bons gestes pour déboucher ses oreilles
La logique découle de tout ce qui précède : il s’agit d’ouvrir volontairement la trompe d’Eustache pour laisser l’air entrer. Trois familles de gestes y parviennent, du plus doux au plus actif.
Le plus simple, à répéter dès le début de la descente : avaler sa salive régulièrement, mâcher un chewing-gum, sucer un bonbon, ou boire quelques gorgées d’eau. Chaque déglutition entrouvre la soupape. Bâiller volontairement, même un faux bâillement forcé, fonctionne encore mieux en étirant à fond les muscles concernés.
Si la gêne persiste, on passe à la manœuvre de Valsalva : on pince le nez entre deux doigts, on ferme la bouche, et on souffle doucement comme pour se moucher, sans laisser l’air sortir. La surpression créée dans le nez pousse la trompe et l’oblige à s’ouvrir ; on sent alors les oreilles se déboucher, parfois avec un petit sifflement. La clé est la douceur : un souffle progressif et modéré, jamais un coup de bélier, sous peine de brusquer le tympan ou l’oreille interne. Une variante plus fine, la manœuvre de Toynbee, consiste à avaler sa salive en gardant le nez pincé. Dans tous les cas, mieux vaut anticiper : commencer ces gestes dès les premiers signes plutôt que d’attendre que la douleur soit installée.
Quand un simple rhume gâche tout
Reste le cas où rien ne fonctionne, où la descente devient un supplice, et c’est presque toujours la même coupable : une trompe d’Eustache encombrée. Un rhume, une sinusite, une allergie ou une angine gonflent la muqueuse qui la tapisse et la remplissent de mucus. Le fin conduit, déjà capricieux, se retrouve alors bouché : il ne peut plus faire entrer l’air pour compenser la descente, quels que soient vos efforts.
Le tympan reste aspiré vers l’intérieur, étiré, parfois jusqu’à la douleur aiguë ; dans les cas sévères, un peu de liquide peut même suinter dans l’oreille moyenne, ou de minuscules vaisseaux se rompre. C’est ce qu’on appelle un barotraumatisme, la même mésaventure que redoutent les plongeurs sous-marins, où les écarts de pression sont bien plus brutaux. La douleur peut s’accompagner de vertiges passagers, car l’oreille interne, siège de l’équilibre, se trouve juste à côté et n’aime guère ces à-coups de pression.
D’où les précautions de bon sens quand on prend l’avion enrhumé : un spray décongestionnant nasal une demi-heure avant la descente, sur conseil d’un pharmacien, désenfle la trompe et lui rend un peu de jeu ; rester bien hydraté fluidifie le mucus ; et l’on redouble de déglutitions à l’approche du sol. Les nourrissons, dont la trompe est plus courte et plus horizontale, sont les plus exposés, d’où l’astuce du biberon ou de la tétine à la descente, qui les fait avaler sans relâche. La prochaine fois que vos oreilles se boucheront au-dessus de la piste, vous saurez que tout se joue dans ce petit tuyau de quelques millimètres, et qu’un bâillement bien senti vaut parfois mieux qu’une longue patience.
Questions fréquentes
Faut-il déboucher ses oreilles à la montée ou à la descente de l'avion ?
Surtout à la descente. À la montée, la pression de la cabine baisse et l'air en trop dans l'oreille moyenne s'échappe presque tout seul par la trompe d'Eustache : on entend de petits craquements, sans effort. À la descente, c'est l'inverse : la pression remonte, la trompe a tendance à rester fermée et il faut l'aider en avalant, en bâillant ou en soufflant nez pincé. C'est donc à l'approche de l'atterrissage qu'il faut être le plus attentif, surtout si l'on somnole.
La manœuvre de Valsalva est-elle sans danger ?
Faite avec douceur, oui, et c'est le geste le plus efficace : on pince le nez, on ferme la bouche et on souffle doucement, comme pour se moucher sans laisser sortir l'air. Il faut y aller progressivement, sans forcer comme un sourd : un souffle trop violent peut malmener le tympan ou l'oreille interne. Si rien ne se débouche après quelques essais, mieux vaut s'arrêter, avaler sa salive ou bâiller plutôt que d'insister brutalement.
Pourquoi la douleur est-elle bien pire quand on est enrhumé ?
Parce que le rhume gonfle et encombre la muqueuse qui tapisse la trompe d'Eustache, ce mince conduit qui relie l'oreille au fond du nez. Bouché par le mucus et l'inflammation, il n'arrive plus à faire entrer l'air pour égaliser la pression pendant la descente. Le tympan se retrouve alors aspiré vers l'intérieur, d'où une douleur parfois vive : c'est le barotraumatisme. Un spray décongestionnant pris avant le vol, sur conseil, réduit nettement le risque.
Comment aider un bébé à ne pas avoir mal aux oreilles en avion ?
En le faisant téter, boire au biberon ou sucer une tétine pendant la descente. Un bébé ne sait ni bâiller sur commande ni faire la manœuvre de Valsalva, mais la succion et la déglutition ouvrent sa trompe d'Eustache tout aussi bien. Le réveiller pour la descente s'il dort, plutôt que de le laisser dormir, permet de lui faire avaler régulièrement quelque chose et d'éviter les pleurs de l'atterrissage.